Entre un air de Sud de la France, les premières baignades dans l'océan et un certain fatalisme face au changement climatique, des retraités apprécient différemment les températures caniculaires qui frappent Saint-Malo, en Bretagne.
La cité corsaire est particulièrement prisée par les plus de 60 ans, qui représentent 40% de sa population, soit près de 11.000 habitants. Elle est appréciée pour son climat tempéré.
Mais comme d'autres départements de l'Ouest, l'Ille-et-Vilaine est en vigilance orange canicule dès le mois de mai. Le mercure a dépassé les 30°C à Saint-Malo mardi, nouvelle illustration du changement climatique.
"Une partie de la population, plus fragile, les personnes âgées ou les personnes dans des logements en hauteur ou mal isolées, souffrent beaucoup de cette situation", signale Florence Abadie, adjointe au maire à la sécurité civile.
La ville a mis en place un registre pour appeler les personnes fragiles et s'assurer que "tout se passe bien pour eux", ajoute-t-elle.
Dominique Laborde, 71 ans, en vacances chez une amie en Bretagne, souffre de la chaleur malgré ses origines montpelliéraines. "Je le vis mal parce qu'il fait très chaud (...) c'est vraiment le plomb sur la tête", dit-elle, même après avoir pris le frais dans la cathédrale de Saint-Malo.
Le changement climatique, "je trouve que c'est inquiétant". "Nous avons des enfants et des petits-enfants. ça risque d'être compliqué pour eux si ça se détériore autant", poursuit la retraitée.
Joëlle Diridollou, 72 ans, qui l'accueille, a adapté les horaires pour visiter la côte, "le matin, l'après-midi pas avant 15h30 (...), on dîne tardivement et dehors, ce qui est très rare" à cette saison, décrit-elle.
Elle dit pour sa part bien vivre la chaleur en étant "à 10 minutes de la mer" et grâce à sa "maison bien isolée".
Rues ombragées
Françoise Le Ludec, 65 ans, Malouine depuis toujours, ne souffre pas non plus outre mesure. "ça arrive de temps en temps", tempère-t-elle, bien que de telles températures n'aient jamais été atteintes en mai.
Mais pour aller à la plage et se baigner, "il fait trop chaud" en milieu d'après-midi. Elle préfère se promener dans les rues ombragées de la vieille ville où circule une brise, non sans avoir fermé tous les volets de sa maison. "On a l'impression d'être dans le sud."
Ernestine, 82 ans, n'a pas pris de telles précautions. Elle aussi est née à Saint-Malo, et elle a l'habitude de sortir de chez elle "entre 14h30 et 14h45" pour se promener sur la grande plage du Sillon et marcher au bord de l'eau, peu importe la météo, explique-t-elle, casquette vissée sur la tête.
"J'espère que cet été on aura la même chose", lance-t-elle, car le froid et l'humidité font souffrir ses articulations.
Xavier, 63 ans et Emmanuelle, 62 ans, cadres, retraité et en passe de l'être, viennent eux en vacances à Saint-Malo depuis une vingtaine d'années. "On ne s'attendait pas à avoir de telles températures", reconnaît Xavier dans le train de Rennes à Saint-Malo.
Le couple va adapter son programme en conséquence. "Canicule = plage", résume Emmanuelle. Pour ce couple ayant travaillé en région parisienne, cette chaleur précoce conforte leur choix de s'être installés dans l'Ouest, vers Saint-Nazaire, plutôt que dans le Sud de la France.
"Il faudrait promouvoir les mobilités douces" pour agir contre le réchauffement climatique, estime Emmanuelle, quand son mari déplore que des gens "prennent leur véhicule pour faire 400 mètres", les voitures thermiques étant une source majeure d'émissions de gaz à effet de serre.