Enquête

Cité internationale de la gastronomie et du vin : le redressement judiciaire relance le débat sur l'avenir du projet

Placée en redressement judiciaire le 25 août dernier, la société portant le Village de la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) de Dijon cristallise les critiques sur l'avenir du projet. Entre dénonciation d'un modèle économique à bout de souffle et défense d'un équipement culturel jugé performant, opposition et majorité municipale s'affrontent sur les responsabilités et les solutions à apporter.

Le redressement judiciaire du Village de la Cité intervient après plusieurs revers successifs : abandon du projet hôtelier porté par le groupe Naos, départ de l’école Ferrandi, liquidation des établissements du groupe Épicure et difficultés persistantes de plusieurs commerces. Pour Emmanuel Bichot, conseiller municipal du groupe Agir pour Dijon, cette situation illustre les limites d'un projet dont les fondements étaient fragiles. «L'échec du modèle est maintenant évident», affirme l'élu d'opposition. Selon lui, la crise trouve son origine dans une «survalorisation financière des actifs immobiliers», des loyers incompatibles avec une exploitation rentable et une gouvernance insuffisamment coordonnée. L'élu dénonce également un manque de transparence sur la situation financière globale de la Cité et réclame une remise à plat. «Nous refusons que les collectivités injectent de nouveaux fonds dans un modèle qui a démontré ses limites», insiste-t-il. Pour Agir pour Dijon, la priorité est désormais de réévaluer la valeur des actifs privés, de clarifier les responsabilités et de réfléchir à une refondation du projet.

La majorité défend un équipement culturel attractif

François Deseille, adjoint à la maire de Dijon chargé des finances et de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, rejette toutefois l'idée d'un échec global. Il rappelle que les difficultés concernent exclusivement la partie privée du Village et non le pôle culturel géré par la collectivité. «La Ville de Dijon n'est responsable que du pôle culturel, qui fonctionne bien», souligne-t-il. L'élu met en avant une fréquentation de 180 000 visiteurs annuels, faisant de la Cité le troisième site culturel le plus fréquenté de Côte-d'Or. Il insiste également sur le fait que la collectivité n'a pas vocation à renflouer les opérateurs privés en difficulté. Pour François Deseille, les défaillances constatées s'expliquent davantage par une succession d'aléas économiques que par une erreur de conception. «Il y a eu des concours de circonstances et des malchances qui ont fragilisé la partie privée», estime-t-il, citant notamment la faillite de Naos avant l'ouverture de l'hôtel ou les restructurations de Ferrandi. 

La majorité mise désormais sur l'arrivée de nouveaux investisseurs et sur la mobilisation des acteurs économiques locaux pour redonner un souffle au Village. La Métropole étudie également le rachat du hall central afin d'en faire un espace d'accueil touristique et de valorisation du territoire. Au-delà de leurs divergences, majorité et opposition s'accordent néanmoins sur un point : l'avenir du Village passe par la définition d'un modèle économique plus solide. Reste à savoir si le redressement judiciaire ouvrira la voie à une relance durable ou à une remise en question plus profonde de l'ambition initiale.