Fondé en 1860, Bordet est l’un des rares producteurs historiques de charbon végétal en France. Mais l’entreprise a pris un virage décisif depuis 2016 : passer de la combustion à la production de charbon actif végétal, un matériau clé pour filtrer micropolluants, PFAS, pesticides ou résidus médicamenteux. «La souveraineté de l’eau dépend aussi des matériaux critiques qui permettent de traiter les micropolluants», rappelle Cyril Flores, président du groupe.
Aujourd’hui, le marché européen repose presque entièrement sur des charbons minéraux ou végétaux importés. Les leaders mondiaux - Jacobi, Desotec, ou encore les producteurs asiatiques de charbon de coco - dominent une filière où la France ne dispose d’aucune capacité souveraine. Or le charbon minéral, issu de ressources fossilisées, est fortement émetteur de CO₂. À l’inverse, le charbon végétal de Bordet provient de résidus de scierie ou de bois de trituration, sans abattage dédié, et s’inscrit dans une logique de circularité. «On ne peut plus dépendre de matériaux importés pour sécuriser une ressource aussi essentielle que l’eau», insiste Cyril Flores. Avec CARB’EAU, mené avec SUEZ et le CNRS, Bordet a démontré en laboratoire puis en pilote que son charbon végétal pouvait dépasser les performances du charbon minéral et du charbon de coco. L’objectif : qualifier un matériau local, traçable, régénérable, capable de répondre aux exigences croissantes des opérateurs de l’eau.
PyroBiOil 4.0 : la montée en puissance industrielle
Pour passer de la preuve à l’échelle industrielle, Bordet déploie PyroBiOil 4.0, son pilote de Decize, soutenu à hauteur de 14,1 M€ par France 2030. La première ligne vise une capacité de 15 000 tonnes de carbone végétal et 6 à 7 000 tonnes de bio huile par an, contre 4 000 tonnes produites aujourd’hui. «PyroBiOil 4.0 va nous permettre de franchir le cap industriel et préparer les futurs déploiements», souligne Cyril Flores. L’innovation majeure : produire deux matériaux - biocharbon et bio huile - à partir d’un même volume de biomasse, grâce à une technologie de pyrolyse continue brevetée. Les bio huiles pourront remplacer des bitumes pétrosourcés, entrer dans la chimie verte ou contribuer aux carburants durables (SAF). Quant au biocharbon, il sera activé, régénéré puis séquestré en fin de vie, notamment via des partenaires comme Holcim, qui l’intègre déjà dans des bétons bas carbone.
Le site de Decize, retenu parmi les 150 sites stratégiques «Notre Dame», symbolise ce changement d’échelle : réindustrialisation, souveraineté des matériaux, montée en puissance de la filière. Bordet prévoit 40 recrutements et envisage de multiplier par dix sa production d’ici 2030. «La souveraineté industrielle ne se décrète pas. Elle se construit avec des sites, des procédés, des volumes, des partenaires et des preuves», résume Cyril Flores. Avec CARB’EAU et PyroBiOil 4.0, Bordet entend bien replacer la France dans la course mondiale du charbon actif végétal et sécuriser un maillon essentiel du traitement de l’eau.