En bref

L'affaire Grégory "est irrécupérable", estime l'avocat de la grand-tante

"Pourrie" dès le départ, l'enquête sur le meurtre du petit Grégory, il y a plus de 41 ans, "est totalement irrécupérable" et doit être "arrêtée", déclare à l'AFP un avocat de la grand-tante...
L'avocat Frédéric Berna le 9 septembre 2025 à Besançon © SEBASTIEN BOZON

L'avocat Frédéric Berna le 9 septembre 2025 à Besançon © SEBASTIEN BOZON

"Pourrie" dès le départ, l'enquête sur le meurtre du petit Grégory, il y a plus de 41 ans, "est totalement irrécupérable" et doit être "arrêtée", déclare à l'AFP un avocat de la grand-tante, qui contestera mercredi sa mise en examen.

Frédéric Berna, ténor du barreau nancéien, n'était encore qu'un "gamin", comme il dit, quand, le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, un bambin de quatre ans, était retrouvé noyé dans la Vologne, une petite rivière des Vosges. 

"Mon grand-père tenait un laboratoire et on lui a apporté les échantillons d'eau des poumons (de Grégory) à analyser. Mais c'était beaucoup trop technique. Il a dit +Moi, je n'ai pas les capacités+", se souvient Me Berna. Les échantillons d'eau sont repartis "et on ne les a jamais revus. Ils ont été perdus."

L'affaire Grégory, une des plus médiatiques de la justice française, est à l'image de ce couac: "elle a très, très mal démarré", résume Me Berna, un des trois avocats qui défendent la grand-tante de l'enfant, Jacqueline Jacob, mise en examen car soupçonnée d'être un corbeau qui a menacé la famille Villemin.

"C'est une enquête pourrie au départ", assène Me Berna. Et les choses ne se sont pas arrangées depuis: en mars 1985, un suspect, Bernard Laroche, est assassiné; la même année, la mère de l'enfant, Christine Villemin, est inculpée et écrouée, avant de bénéficier d'un non-lieu en 1993; en 2017, un juge enquêteur, Jean-Michel Lambert, se suicide; en 2018, trois mises en examen sont annulées...

L'enquête "est à mon sens totalement irrécupérable", estime Me Berna. "Cette affaire n'est plus résolvable. Il faut l'arrêter", dit l'avocat, dénonçant de plus une "gabegie financière monstrueuse", avec des expertises à "plusieurs millions d'euros" qui n'ont "absolument rien apporté". 

Pour lui, "la justice s'acharne en essayant de rattraper 40 ans d'errance".

Une farce

De ces "abysses du délire judiciaire", la mise en examen de Mme Jacob, 81 ans, n'est qu'un exemple, selon l'avocat.

La grand-tante, dont l'époux est un frère de la grand-mère du petit garçon, avait déjà été mise en examen, en 2017, pour "enlèvement et séquestration suivie de mort" mais ces poursuites ont été annulées en mai 2018, pour un vice de forme.

Le 24 octobre, elle a de nouveau été mise en examen, cette fois pour "association de malfaiteurs" en vue de la préparation à l'enlèvement de Grégory. Une nouvelle "erreur" dans cette enquête chaotique, dénoncent ses avocats, qui contesteront sa mise en examen mercredi devant la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon. 

La défense de Mme Jacob soulèvera un point de droit - les faits seraient prescrits - sans contester officiellement le fond, même s'ils assurent que les arguments des juges instructeurs sont "une farce".

Les enquêteurs estiment que Mme Jacob est un des corbeaux qui ont harcelé la famille Villemin des années durant. Ils se fondent, notamment, sur une expertise conduite en 2021 par un spécialiste suisse qui attribue à Mme Jacob trois lettres anonymes de 1983, dont celle qui menace directement les Villemin: "Je vous ferez votre peau" (sic), était-il écrit.

Selon le même expert, Mme Jacob aurait également écrit la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime. "Voilà ma vengeance. Pauvre con", disait le courrier.

Une contre-expertise stylométrique, qui s'attache à l'orthographe et aux tournures de phrases, est en cours. Elle viendra s'ajouter aux nombreuses analyses contradictoires qui peuplent l'enquête.

Selon Me Berna, les expertises ont ainsi désigné "plus d'une vingtaine" de corbeaux, dont la mère Christine Villemin, accusée d'avoir écrit la lettre de revendication du crime, avant d'être disculpée.

"J'ai le sentiment qu'on est en train d'essayer de faire de Mme Jacob un bouc émissaire", accuse Me Berna. "On espère qu'elle va décéder et qu'on puisse dire +c'était elle, on a résolu l'affaire+. C'est ça que je crains".