En octobre 2020, la tempête Alex a provoqué une crue torrentielle et des mouvements de terrain, causant la mort de trois personnes et entraînant des dégâts considérables à Breil-sur-Roya (Alpes Maritimes). L’actuel maire de la commune, Sébastien Olharan, qui assurait déjà ces fonctions à cette époque, a été auditionné par la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable du Sénat, peu avant l’examen de la proposition de loi visant à soutenir les collectivités territoriales dans la prévention et la gestion des inondations. Il a témoigné des difficultés rencontrées pendant et après l’évènement et émis plusieurs préconisations.
Avant l’arrivée des secours, «nous avons été livrés à nous-mêmes pendant 24 heures»
Concernant la gestion de la crise elle-même, «nous avons relayé l’alerte auprès de la population et activé des mesures d’évacuation et d’hébergement d’urgence», a-t-il expliqué aux sénateurs. «Il se trouve que nous avions effectué un exercice ’inondation’ organisé par la préfecture, 15 jours avant la tempête. Ces exercices sont importants et utiles. De même, qu’il est important et utile d’avoir un plan communal de sauvegarde à jour. » Car, avant l’arrivée des secours, « nous avons été livrés à nous-mêmes pendant 24 heures».
Les élus «beaucoup moins préparés à gérer l’après»
En revanche, les élus locaux sont «beaucoup moins préparés à gérer l’après», a-t-il poursuivi. «La violence du phénomène a provoqué un isolement total de nos communes. Nous avons perdu tout moyen de communication, tous les réseaux électriques et d’assainissement d’eau et tous nos réseaux de transport routier et ferroviaire.» Pont aérien pour acheminer des groupes électrogènes, de l’eau potable, la nourriture, de quoi réparer les antennes relais… «Des moyens de secours très conséquents ont été mobilisés et déployés, y compris les moyens de l’armée, et toutes les collectivités ont joué leur rôle de soutien, matériel et financier.» Du fait de l’ampleur des dégâts, «beaucoup de travaux d’urgence ont été réalisés pour des sommes considérables».
Les failles des dispositifs d’indemnisation
Après cette catastrophe, le plan communal de sauvegarde de la commune a été mis à jour, la mairie s’est équipée d’un téléphone satellitaire et d’un système de radio autonome, les berges ont été réaménagées en laissant un maximum d’espace au cours d’eau et en renforçant la protection contre l’érosion. Le Fonds de prévention des risques naturels majeurs («fonds Barnier») a été sollicité massivement pour reconstruire les habitations et racheter celles situées dans les zones à risque.
Parmi les difficultés relevées par le maire : le fait que tous les dispositifs d’indemnisation sont prévus pour une reconstruction à l’identique. Or, «on ne voulait pas reconstruire à l’identique. Je pense qu’il y a un travail à faire pour que ces dispositifs intègrent le financement de la résilience.» Quant aux délais de paiement, «il faudrait qu’ils interviennent beaucoup plus vite et que l’on puisse avoir des avances de trésorerie pour lancer les travaux avant de toucher la subvention». Autre obstacle : «le manque de moyens d’ingénierie des petites communes. Nous avons dû recruter un ingénieur sur nos fonds propres pour gérer ces chantiers de reconstruction.»
Les limites des dispositifs de financement de la résilience
Quid des dispositifs susceptibles de financer la résilience dans les territoires ? Concernant la dotation d’équipement des territoires ruraux, «l’enveloppe est très modeste par rapport aux besoins des départements», a-t-il expliqué. Pour le Fonds Vert, «les critères sont tellement restrictifs que nous n’avons jamais réussi à en bénéficier». Et pour la dotation de solidarité, «il faut y intégrer la résilience et aider les communes à faire les évaluations des dégâts».
La question sensible de l’assurabilité des communes à risques
Enfin, l’élu est revenu sur la question de l’assurabilité des communes qui présentent des risques. À Breil-sur-Roya, «le bureau central de tarification [autorité administrative en charge de garantir l’obligation d’assurance, ndlr] nous avait trouvé une solution pour l’année 2025. Une solution qui a le mérite d’exister, mais notre cotisation est passée de 15 000 à 100 000 euros, les franchises étaient excessivement hautes pour les évènements naturels, et beaucoup de petits sinistres du quotidien n’étaient pas couverts. (…) En 2026, avec les contraintes budgétaires auxquelles nous sommes confrontés, nous avons dû renoncer à nous assurer parce que cette solution coûte beaucoup trop cher par rapport aux garanties accordées, et que nous n’en avons pas trouvé d’autre, les assureurs refusant d’assurer nos bâtiments.»