Un juge d'instruction antiterroriste a mis en examen samedi quatre jeunes hommes soupçonnés d'être impliqués dans une tentative de meurtre, en février 2025 à Roubaix, visant l'opposant algérien Hichem Aboud. Ce dernier y voit une volonté de "le faire taire".
Trois jeunes sont poursuivis pour tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, le quatrième pour complicité de cette tentative de meurtre et association de malfaiteurs terroriste criminelle, indique une source judiciaire à l'AFP, confirmant des sources proches du dossier. Ils ont été placés en détention provisoire.
Ancien officier des services secrets algériens et journaliste critique du pouvoir, Hichem Aboud est établi depuis les années 90 en France, où il bénéficie d'un titre de séjour. Il a effectué un bref retour en Algérie en 2011, à la faveur d’une accalmie politique durant laquelle il a créé deux journaux, finalement suspendus en 2013. M. Aboud, menacé de poursuites judiciaires, est retourné en France.
"Mon client a découvert cette tentative de meurtre par l'AFP, mais cela ne l'étonne pas", a réagi dimanche son avocat Dalil Essakali, dénonçant "des tentatives d'assassinat" à Liège et à Paris, ainsi qu'"un enlèvement" à Barcelone en octobre 2024.
"La tentative d'assassinat du mois de février 2025 s'inscrit dans la logique des choses après le ratage de l'opération de Barcelone", estime ainsi Hichem Aboud auprès de l'AFP. "Il fallait et il faudrait m'éliminer pour me faire taire".
Pour Hichem Aboud, cette ouverture d'information judiciaire antiterroriste montre que la justice française le prend "enfin au sérieux", poursuit son avocat. "Jusqu'à maintenant, ses plaintes n'ont pas abouti". Deux avaient été classées par le Pnat en mai 2023, selon les avis consultés par l'AFP.
M. Aboud a toutefois persisté: il a porté plainte avec constitution de partie civile, en février 2025, et un juge d'instruction a récemment été saisi pour enquêter sur les événements de Liège et Paris, selon son avocat.
Parallèlement, vendredi encore, il a porté plainte pour provocation publique à commettre un crime, accusant "un islamiste businessman" désormais "aux services du régime algérien" d'avoir "appelé à le tuer" sur Facebook le 18 mai, d'après sa plainte dont l'AFP a eu connaissance. "Mon client vit entre le Maroc et la France, car il ne se sent plus en sécurité en France", a souligné son avocat.
Consigne de tuer
Retour à Roubaix (Nord). D'après une source proche du dossier, les enquêteurs ont découvert le "contrat sur la tête" d'Hichem Aboud dans le cadre d'investigations sur le braquage d'un musée en novembre 2024 près de Lyon.
Ils ont alors retrouvé, par analyse de la messagerie cryptée Signal, une équipe d'exécutants présumés, dont celui qui devait tirer pour 10.000 euros, d'après cette source proche.
En février 2025, cette équipe est "montée" à Roubaix avec une "consigne de tuer et une adresse". Le plan avorte car M. Aboud n'est pas présent, d'après les sources proches du dossier.
Contactée par l'AFP, l'avocate du tireur présumé, Marie Buisson, n'a pas souhaité s'exprimer.
Samedi, les débats sur la détention provisoire des suspects se sont déroulés à huis clos au tribunal de Paris, le procureur évoquant "de nombreuses investigations encore à effectuer" et "beaucoup de mensonges et d'entraves dans cette enquête".
L'AFP a toutefois assisté au début d'une audience, avant que le huis clos ne soit ordonné. L'un des jeunes suspects, cheveux touffus, barbe brune, est apparu calme dans le box. Sollicités par l'AFP, ses avocats, Pierre Zientara et Ambroise Palle, ont refusé de commenter.
Tournant
Une cinquième personne avait été placée en garde à vue, d'après une source judiciaire. Elle a été relâchée sans poursuite à ce stade, selon une source proche du dossier.
Ces mises en examen surviennent quelques jours après la visite à Alger du ministre de la Justice Gérald Darmanin pour acter, avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, d'un apaisement pour relancer la coopération judiciaire.
Des dossiers très sensibles impliquent Alger et Paris, comme celui de Christophe Gleizes, journaliste sportif français condamné en Algérie à sept ans de prison pour apologie du terrorisme ou celui de l'opposant Amir Boukhors, de son nom de blogueur "Amir DZ", enlevé le 29 avril 2024 en région parisienne, puis relâché le 1er mai.
Comme Hichem Aboud, Amir DZ est visé depuis mars 2022 par un mandat d'arrêt, l'Algérie l'accusant d'appartenance à un groupe terroriste.
Pour l'avocat d'Hichem Aboud, l'instruction antiterroriste sur l'enlèvement d'Amir DZ, où un agent consulaire algérien compte parmi les mis en examen et un mandat d'arrêt international a été émis contre un ancien responsable de l'ambassade d'Algérie, a constitué "un tournant" dans l'appréhension de la justice française de ce type de faits commis à l'encontre d'Algériens sur son territoire. Et Hichem Aboud "n'écarte aucune hypothèse sur les commanditaires" du contrat pour meurtre le visant.