Un juge d'instruction antiterroriste a mis en examen samedi quatre jeunes hommes soupçonnés d'être impliqués dans une tentative de meurtre, en février 2025 à Roubaix, visant l'opposant algérien Hichem Aboud. Ce dernier y voit une volonté de "le faire taire".
Trois jeunes ont été mis en examen pour tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, le quatrième pour complicité de cette tentative de meurtre et association de malfaiteurs terroriste criminelle, selon une source judiciaire, qui confirmait des sources proches du dossier. Ils ont été placés en détention provisoire.
Ancien officier algérien et journaliste critique du pouvoir, Hichem Aboud est établi depuis les années 90 en France, où il bénéficie d'un titre de séjour. En 2002, il a publié le livre "La mafia des généraux", interdit en Algérie.
"Mon client a découvert cette tentative de meurtre par l'AFP, mais cela ne l'étonne pas", a réagi son avocat Dalil Essakali, dénonçant "des tentatives d'assassinat" à Liège et à Paris, ainsi qu'"un enlèvement" à Barcelone en octobre 2024.
"La tentative d'assassinat du mois de février 2025 s'inscrit dans la logique des choses après le ratage de l'opération de Barcelone", estime ainsi Hichem Aboud auprès de l'AFP. "Il fallait et il faudrait m'éliminer pour me faire taire".
Pour Hichem Aboud, cette ouverture d'information judiciaire antiterroriste montre que la justice française le prend "enfin au sérieux", poursuit son avocat. "Jusqu'à maintenant, ses plaintes n'ont pas abouti".
D'après l'une des sources proches du dossier, les enquêteurs ont découvert le "contrat sur la tête" d'Hichem Aboud dans le cadre d'investigations sur le braquage d'un musée en novembre 2024 près de Lyon.
Ils ont alors remonté un groupe sur la messagerie cryptée Signal, jusqu'à une équipe d'exécutants présumés, dont celui qui devait tirer pour la somme de 10.000 euros, d'après cette source proche.
En février 2025, cette équipe est "montée" à Roubaix (Nord) avec une "consigne de tuer et une adresse". Le plan avorte car la cible ne se trouve pas sur place, d'après les sources proches du dossier.
Contactée par l'AFP, l'avocate du tireur présumé, Marie Buisson, n'a pas souhaité s'exprimer à ce stade.
- "Tournant" -
Samedi, les débats sur le placement en détention provisoire des suspects se sont déroulés à huis clos au tribunal de Paris, le procureur évoquant "de nombreuses investigations encore à effectuer" et "beaucoup de mensonges et d'entraves dans cette enquête".
L'AFP a toutefois assisté aux débuts de l'une de ces audiences, avant que le huis clos ne soit ordonné par le juge des libertés et de la détention.
L'un des jeunes suspects, cheveux touffus, barbe brune, est apparu calme dans le box, vêtu d'un pull camionneur.
Sollicités par l'AFP, ses avocats, Pierre Zientara et Ambroise Palle, ont refusé de commenter.
Outre les quatre suspects, une cinquième personne avait été placée en garde à vue dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), d'après une source judiciaire. Mais elle a été relâchée sans poursuite à ce stade, selon une source proche du dossier.
Ces mises en examen surviennent quelques jours après la visite à Alger du ministre de la Justice Gérald Darmanin pour acter, avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, d'un apaisement avec l'Algérie en termes de coopération judiciaire, après une crise acrimonieuse de presque deux ans.
Des dossiers très sensibles impliquent Alger et Paris, comme celui de Christophe Gleizes, journaliste sportif français arrêté en Algérie dans le cadre d'un reportage et condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme.
Mais aussi celui de l'opposant Amir Boukhors, de son nom de blogueur "Amir DZ", enlevé le 29 avril 2024 en région parisienne, puis relâché le 1er mai.
Comme Hichem Aboud, Amir DZ est visé depuis mars 2022 par un mandat d'arrêt international émis par un tribunal d'Algérie, son pays d'origine l'accusant d'appartenance à un groupe terroriste.
Pour l'avocat d'Hichem Aboud, ce dossier, où un agent consulaire algérien compte parmi les mis en examen et un mandat d'arrêt international a été émis contre un ancien responsable de l'ambassade d'Algérie, a constitué "un tournant" dans l'appréhension de la justice française de ce type de faits commis à l'encontre d'Algériens sur son territoire. Et Hichem Aboud "n'écarte aucune hypothèse sur les commanditaires" du contrat pour meurtre le visant.