Comment les professionnels du camping vivent-ils cette saison printemps-été 2026 ?
En terme de fréquentation, nous devrions atteindre un niveau comparable à celui de l'an dernier. Nous avions atteint un record avec 147 millions de nuitées. C'est ce qu' indiquent la fréquentation effective du mois d'avril et les réservations pour l'été, sachant que le mois d'août représente à lui seul 40% de l'activité des campings. Par ailleurs, nous constatons le renforcement d'une tendance déjà constatée l'an dernier : la demande pour les emplacements nus destinés aux caravanes, campings car et tentes est plus dynamique que celle pour les emplacements avec mobile-homes et chalets. Cette dernière, qui représente 56% de la fréquentation annuelle, reste stable. A cela, deux explications : la clientèle étrangère, qui privilégie les emplacements nus, est au rendez-vous, en dépit des hausses de prix du carburant. En revanche, cette année, pour les Français, se pose une question de prix. Nous observons ce phénomène un peu partout en France. Pour les campings, cette année, la grande inconnue, c'est le chiffre d'affaires. Nous redoutons une contraction liée à des achats moindres de prestations annexes. Des clients vont préférer acheter une pizza au snack du camping, plutôt que de s'asseoir au restaurant...
Contexte économique tendu, incertitudes...Comment évolue le comportement des Français par rapport au camping, dans cette période compliquée ?
L'envie de partir en vacances était forte, et elle a prévalu. Néanmoins, le comportement des Français a été fortement déterminé par deux phénomènes : la température et la recherche du prix le moins cher. La question du pouvoir d'achat est particulièrement prégnante cette année. Tout d'abord, les Français ont fait preuve d'attentisme dans leurs réservations. En particulier, la crise du détroit d'Ormuz a provoqué un mois blanc. Les vacanciers ont commencé à réserver beaucoup plus tard que l'an dernier. Ce début juillet, tout s'accélère : nous voyons de gros volumes de réservations de dernière minute. Tout ce qui est moins cher part plus facilement. Par ailleurs, la température semble aussi conditionner le choix du lieu de vacances. A l'échelle nationale, avec la canicule, nous constatons un report de la demande vers deux types de destinations : la moyenne montagne, où du fait de l'altitude, les températures sont plus fraîches et les régions tempérés avec la moitié nord, le littoral du Grand Ouest, les Hauts-de-France, les Pays de la Loire... La croissance de la demande est plus importante dans ces zones qu'au Sud. Mais les régions du sud sont en train de rattraper leur retard de réservations. En fait, les campings y disposent souvent d'hébergement climatisés.
Camping et canicule sont-ils compatibles ? Déjà trois campings ont été ravagés par les flammes, le 4 juillet, dans les Pyrénées-Orientales...
L'adaptation au changement climatique comporte plusieurs enjeux pour les campings. Bien évidemment, il y celui, crucial, de la protection des personnes et des biens, en cas d'incident. La semaine dernière, les procédures d'information, d'alerte et d'évacuation ont parfaitement fonctionné. Tout le monde a été évacué sans accroc. Mais les campings ont brûlé et c'est dramatique. En novembre dernier, nous avons présenté un plan très ambitieux au Sénat pour réduire la vulnérabilité des campings face aux risques d'incendie, d'inondation, de submersion marine. Sur les 7 400 campings de France, 2 000 sont concernés. Il faut être lucide. Dans certains cas, il sera nécessaire de déplacer tout ou partie des campings, autrement on risque d'en perdre un grand nombre. Nous avons aussi un enjeu d'adaptation des campings pour que l'expérience touristique y reste agréable, même par forte chaleur. Sur ce sujet, nous avons notamment élaboré un plan national pour accompagner les campings sur l'adaptation des végétaux. On peut, par exemple, s'inspirer des Espagnols. Ils créent des «couloirs de vent» à l'aide de palmiers, dans les campings. L'adaptation de leurs structures, les performances touristiques de l'Espagne montrent que oui, il y a un avenir pour le camping, même sous la canicule.