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2026, une année charnière pour l'amiénoise Arteka

L’entreprise amiénoise spécialisée dans l’IA a lancé une application capable de détecter des menaces invisibles. Une innovation qui devrait être testée dès le printemps en Ukraine.

Cyrille Chaidron, qui a créé Arteka en 2020, travaille actuellement sur des applications dans le domaine militaire. © Aletheia Press / DLP
Cyrille Chaidron, qui a créé Arteka en 2020, travaille actuellement sur des applications dans le domaine militaire. © Aletheia Press / DLP

Lancée en 2020 à Amiens par le céramologue Cyrille Chaidron, Arteka, spécialisée dans l’IA, vient de vivre «une très grosse année». En effet, «La société s’est restructurée avec de nouveaux associés. Nous avons fait le choix de donner une nouvelle orientation, davantage portée sur la R&D», explique l’entrepreneur. Et 2026 devrait voir plusieurs projets avancer, notamment dans le domaine militaire. Pour se faire, Arteka s'appuie sur la vision de son fondateur, adepte d’une technologie frugale et indépendante. «Beaucoup d’entreprises se lancent dans le domaine de l’IA, mais la majorité ne sont que des vitrines», analyse l'entrepreneur qui constate que, dans la plupart des cas, sont seulement mises en œuvre des technologies déjà existantes.

«De notre côté, nous proposons une IA propriétaire, sur mesure et, autant que possible, embarquée, soit sur leurs serveurs, soit sous forme d’applications mobiles ou web», détaille-t-il. Des modèles qui offrent la possibilité à Arteka de s’affranchir des data centers et de rester entièrement maître des données exploitées. Un avantage de taille pour la société, spécialisée dans la sécurisation des process (armée, agroalimentaire, agriculture, activités en laboratoire…), qui propose de détecter des menaces invisibles grâce à des caméras multispectrales et à l’analyse d’images par intelligence artificielle. «Je pense que l’avenir passe par l’IA embarquée», assure celui qui porte plusieurs projets en lien avec l’armée et la sécurité.

Un test grandeur nature en Ukraine

«Nous travaillons avec le 2e Régiment étranger de génie sur un projet baptisé "3e Œil". Nous allons entraîner des modèles sur des ordinateurs pour les rendre ensuite suffisamment petits afin qu’ils puissent être embarqués sur des systèmes comme des smartphones ou des montres», détaille Cyrille Chaidron. L’objectif est d’équiper les combattants d’une petite caméra et d’un mini-PC très léger, analysant l’environnement en temps réel. «Lorsqu’il y a une menace, comme une mine par exemple, le système envoie un signal sur la montre ou le smartphone pour attirer l’attention et indiquer, grâce à une flèche, l’orientation de celle-ci», précise-t-il.

Tout l’enjeu est aujourd’hui d’obtenir un financement en 2026 pour développer cette solution. «La deuxième partie consiste à utiliser ce même système avec un ordinateur un peu plus puissant et un écran, qui localiserait et d’identifierait précisément le danger : s’il s’agit d’une mine enterrée ou de surface, ou encore la quantité d’explosif», poursuit-il. Pour cette application, Arteka est actuellement en discussion avec l’entreprise française Geomines, spécialisée dans la détection et la neutralisation des mines et munitions. «L’idée est de tester cette technologie en Ukraine dès le mois d’avril prochain», confie le dirigeant.

Des modèles low cost et low tech

Cyrille Chaidron prévoit également de tester cette année son IA embarquée sur un petit rover.
«La robotique, c’est vraiment la prochaine révolution. Nous avons enterré une mine, le robot passe et l’IA détecte la menace, assure-t-il. Il faut maintenant implémenter l’application dans la tablette du rover pour analyser le flux vidéo en temps réel. Nous avons encore du travail pour y parvenir».

En parallèle, l’entrepreneur poursuit son travail avec Hekia, une solution dédiée à la sécurisation d’un diagnostic médical — ici, la maladie de Crohn — toujours grâce à l’analyse par IA d’un flux vidéo.
«Nous en sommes à la phase 3 des études cliniques. Nous disposons du seul modèle au monde capable de détecter la maladie de Crohn en temps réel, sans connexion, à partir d’une échographie, qui est l’imagerie la moins coûteuse», développe-t-il. Convaincu qu'une autre voie est possible, Cyrille Chaidron conclut : «Nous voulons montrer qu’il est envisageable de construire des projets peu coûteux et bas carbone avec l’IA. Tout est une question de process et de qualité du process».