De passage à Amiens le 4 mai dernier, l'eurodéputée Chloé Ridel a rencontré les élus locaux et le délégué syndical de l'usine Eurolysine, confrontée à des pratiques jugées anticoncurrentielles de la part des fabricants chinois. Unique site de production européen d'acides aminés par fermentation, ingrédients indispensables pour l'alimentation animale, l'usine, en situation précaire, a été reprise il y a deux ans par le groupe Avril. Un soulagement pour les 257 salariés. «Aujourd'hui, cela représente 20 millions d'euros d'investissement, 50 embauches, des plans de formation…», indique Samir Benyahya, délégué CFDT sur le site amiénois.
Mais l'entreprise fait face à une concurrence massive chinoise. Une plainte déposée en 2024 auprès de la Commission européenne pour dénoncer le dumping chinois a abouti à des droits de douane à hauteur de 80 %. «Ce sont les seuls mois où l'on a pu gagner de l'argent» note amèrement Samir Benyahya. Devant la pression de certains pays européens, ces droits avaient été ramenés à 50%. «Les Chinois se sont adaptés et, depuis, les prix se sont effondrés. Nous perdons entre 2 et 3 millions d'euros par mois. Industriellement, le projet est bon. Nous n'avons pas de problème de vente, mais de prix de vente !», se désole-t-il. Une nouvelle plainte a ainsi été déposée et la Commission européenne a ouvert une enquête le 30 avril.
Raccourcir les délais
«Notre objectif est de raccourcir le délai d'enquête, qui peut osciller entre 6 et 9 mois. Nous avons bien conscience que le temps industriel n'est pas le temps administratif», souligne Chloé Ridel. Laquelle rappelle que la hausse des droits de douane obtenue en janvier 2025 est un premier signal positif. «Ce n'était pas gagné puisqu'à Bruxelles, nous sommes toujours dans une idéologie très libre-échangiste» pointe-t-elle.
Pour faire face à cette guerre économique, le sénateur Rémi Cardon et le maire d'Amiens Frédéric Fauvent veulent largement mobiliser localement et nationalement. «C'est un enjeu de souveraineté» assure l'édile, qui pointe également l’enjeu climatique. «Il est fondamental de produire dans des conditions environnementales garanties. C'est le cas à l'espace industriel nord !», pointe-t-il.
Une usine qui tourne à plein
Depuis deux ans, Eurolysine est passée de 80 tonnes produites par jour à 210 tonnes, a accueilli de nouveaux clients et figure même parmi les 7 lauréats d'un appel à projets lancé par l'État pour bénéficier d'une aide à la décarbonation. «La situation est très frustrante», reconnaît Samir Benyahya, qui se demande, comme l'ensemble des acteurs, jusqu'à quand le groupe Avril compensera les pertes d'Eurolysine, dont il détient 55% du capital. «Le message de la direction, c'est qu'on tient le cap, qu'on ne change rien. Mais c'est une question que j'ai bien l'intention de poser au PDG du groupe, avec qui j'ai rendez-vous prochainement» promet le délégué syndical.
Pour Aletheia Press, DLP