Arc France : le site d’Arques face à son avenir
Arc France, placé en redressement judiciaire, voit son avenir dépendre de la reprise par Timothée Durand et du soutien des pouvoirs publics et syndicats. Tous espèrent limiter la casse sociale et redonner au site d’Arques une dynamique industrielle et humaine.
Le mercredi 7 janvier, l’entreprise Arc France a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille Métropole. La demande émane de l’équipe dirigeante du verrier, qui emploie encore plus de 3 500 salariés à Arques, en raison d’une «dégradation sévère et continue» de son environnement de marché, estimée entre -15 et -20 % en 2025. Les plans de financement accordés par l’État et la Région ont maintenu temporairement le cap, sans toutefois pérenniser l’activité du fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table. Dans ce contexte, le Département, la Région, la préfecture, la Capso, la CCPL et la municipalité d'Arques se sont réunis pour recevoir les organisations syndicales représentatives de l'entreprise ce 8 janvier.
Cette annonce, qui fait suite à la fermeture, il y a quelques semaines, de Wizpaper et au licenciement de 147 salariés, «constitue un nouveau choc social et économique pour le territoire», affirme François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais. «Le soutien de l’ensemble des collectivités et de l’État sera essentiel pour accompagner la casse sociale à venir. Il est primordial que celles et ceux qui devront quitter l’entreprise puissent le faire dans des conditions dignes», souligne Vincent Fanaert, délégué syndical central CFDT. Les syndicats souhaitent notamment que les départs à la retraite et les départs volontaires soient privilégiés par rapport aux licenciements. «Nous savons faire. Prenons l’exemple de Bridgestone : 95 % des 980 salariés ont retrouvé un emploi», affirme Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France.
Timothée Durand, candidat à la reprise
Au cours de la réunion, le président de Région a tenu à rappeler : «Ce n’est pas une liquidation, c’est un redressement judiciaire. L’entreprise Arc France n’est pas encore à terre». Durant trois semaines, des projets de reprise peuvent être proposés au tribunal de commerce de Lille Métropole. Un repreneur s’est d'ailleurs déjà manifesté. Il s’agit de Timothée Durand, descendant de Jacques Durand, ancien patron emblématique du groupe verrier, qui avait fortement contribué à la croissance de l’entreprise.
«Il y a deux ans, Timothée Durand avait déjà proposé de reprendre l’entreprise, mais son offre n’a pas convenu. Cette fois, il revient avec une autre vision. Son projet est sérieux, solide, il tient la route», assure Xavier Bertrand. Si ce projet n’est pas encore écrit, des bruits de couloir évoquent un redimensionnement du site, avec la fermeture de l’un des deux fours, entraînant la suppression de centaines d’emplois. «Nous savons que des emplois seront supprimés, c’est pourquoi nous avons tenu à organiser cette réunion», affirme le préfet du Pas-de-Calais.
Pour affiner son projet, Timothée Durand est déjà actif. Il a rencontré les élus du territoire ainsi que le ministre de l’Industrie, dès le lendemain de l’annonce du redressement judiciaire. Il a également rencontré une première fois les organisations syndicales et compte poursuivre les échanges. Par ailleurs, «Monsieur Durand a demandé au ministre de l'Industrie d’être vigilant quant à la taxe carbone aux frontières, pour que les règles soient adéquates, cohérentes et efficaces. Il a également sollicité des éléments sur le projet de loi anti-dumping, afin de pousser le projet de loi et lutter contre la concurrence chinoise, entre autres», souffle le président de Région.
Élus, syndicats et ministre mobilisés
À l’issue de cette réunion, le ministre de l’Industrie a annoncé sa venue prochaine sur le territoire, aux côtés du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, «pour accompagner celles et ceux qui peuvent légitimement avoir des inquiétudes face à ce dossier». Les élus de l’Audomarois ont également appris qu’ils pourraient déclencher le dispositif de rebond industriel, sur le modèle de celui mis en œuvre pour le site de Bridgestone à Béthune.
C’est courant mars que le tribunal de commerce de Lille Métropole rendra sa décision définitive quant au potentiel repreneur. «Nous sommes contents d’être soutenus par les élus, et surtout que Monsieur Durand nous consulte pour façonner son projet de reprise. Ce n’est pas habituel qu’un repreneur prenne le temps d’échanger avec les organisations syndicales», rassure Corinne Guenez, déléguée syndicale centrale CFE-CGC.
Les organisations syndicales travaillent actuellement sur un accord de méthode, reposant sur un contrat moral et social. «Ce que nous visons, c’est limiter la casse pour les salariés, en réduisant le nombre de licenciements. Voir à nouveau le site tourner et prospérer. Retrouver de la motivation et de la performance» développe la déléguée syndicale qui travaille dans l’entreprise depuis 37 ans. Mais il s'agit aussi de changer l’image d’Arc France. «Tout le monde nous voit comme une entreprise en souffrance, financée à coups de millions pour survivre. Nous voulons retrouver notre image d'entreprise dynamique et compétitive», conclut Corinne Guenez. Les prochaines semaines seront donc décisives.