Le parquet de Paris a ouvert une enquête visant Arno Klarsfeld, fils des chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, après des propos sur CNews où il évoquait "de grandes rafles" d'étrangers en situation irrégulière.
L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) de la police judiciaire parisienne, à la suite du signalement des propos par un député de Charente, a indiqué mardi le parquet de Paris, interrogé par l'AFP.
"C'est compliqué de se débarrasser de tous les asociaux qui sont OQTF" (sous obligation de quitter le territoire français), avait déclaré fin janvier Arno Klarsfeld, lors d'un débat sur CNews.
"Si on veut se débarrasser des OQTF (personnes visées par une obligation de quitter le territoire français, ndlr), il faut organiser comme fait Trump avec l'ICE (la police de l'immigration, ndlr) des sortes de grandes rafles un peu partout. Mais en organisant des grandes rafles, c'est-à-dire en essayant d'attraper le plus d'étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices".
"On ne peut pas faire ça sans commettre parfois des injustices. On a bien vu la dame qui s’est fait tirer dessus, je ne me rappelle plus, dans le Minnesota. Donc c'est compliqué. Ca nécessite une stratégie politique avec l’intention même de commettre parfois des injustices (...) Est-ce que le bien de l'Etat est de se débarrasser des asociaux en commettant des injustices ou alors de laisser au fil de l'eau les choses se dérouler ?", a-t-il poursuivi.
Les propos ont été tenus en plateau durant un débat dans lequel était évoqué le viol d'une femme de 90 ans à Nice, pour lequel un Tunisien en situation irrégulière avait été arrêté.
Ces propos, tenus par M. Klarsfeld, juriste de 60 ans et fils du couple Klarsfeld qui lutta contre l'impunité des anciens nazis et créa une association pour défendre les enfants de déportés juifs de France, avaient suscité une large indignation et plusieurs signalements, à l'Arcom et à la justice.
"Nous démontrerons qu'aucune infraction n'a été commise", a souligné mercredi auprès de l'AFP son avocat Olivier Pardo.
Une procédure disciplinaire contre Arno Klarsfeld a également été engagée par le Conseil d'Etat, où il siège depuis 2010. Il encourt une sanction qui peut aller de l'avertissement jusqu'à la radiation, en passant par le blâme et la suspension temporaire du Conseil d'Etat.
Face aux critiques, Arno Klarsfeld avait expliqué sur X: "Sur le mot +rafle+, il suffit de se rapporter au dictionnaire et ce n'est pas la même chose d'arrêter des étrangers qui ont commis des crimes et de les renvoyer éventuellement chez eux que de s'emparer d'enfants juifs et de les envoyer à Auschwitz où ils seront gazés".
"J'ai été amené à commenter la politique d'immigration menée par Trump où pour lutter contre l'immigration illégale des rafles étaient menées qui suscitaient des injustices. A aucun moment, je n'ai demandé que cette politique soit appliquée en France", a-t-il ajouté.
Il a de son côté porté plainte pour "incitation à la haine", dénonçant des "centaines de tweets abjects" le visant à la suite de ses propos.