En bref

Arrivée de pétrole russe aux Philippines en "état d'urgence énergétique"

Un navire transportant plus de 700.000 barils de pétrole brut russe est arrivé aux Philippines, a indiqué jeudi à l'AFP une source proche du dossier, quelques jours après que le pays s'est déclaré en "état d'urgence...
Le navire Sara Sky, battant pavillon sierra-léonais et transportant du pétrole brut russe, ancré au port de Limay, dans la province de Bataan, le 26 mars 2026 aux Philippines © Ted ALJIBE

Le navire Sara Sky, battant pavillon sierra-léonais et transportant du pétrole brut russe, ancré au port de Limay, dans la province de Bataan, le 26 mars 2026 aux Philippines © Ted ALJIBE

Un navire transportant plus de 700.000 barils de pétrole brut russe est arrivé aux Philippines, a indiqué jeudi à l'AFP une source proche du dossier, quelques jours après que le pays s'est déclaré en "état d'urgence énergétique" en raison de la guerre au Moyen-Orient.

Le Sara Sky, battant pavillon de la Sierra Leone, a transporté du brut de haute qualité provenant de l'oléoduc russe Sibérie-Pacifique (ESPO). Il est arrivé lundi et destine sa cargaison à Petron, la seule raffinerie des Philippines, a précisé la même source, qui a requis l'anonymat. 

L'archipel dépend largement des importations de carburant, dont le coût a flambé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. 

L'Iran bloque de facto le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, dont une grande partie est destinée au continent asiatique. 

Jeudi, un journaliste de l'AFP a aperçu le Sara Sky à l'ancrage dans le port de Limay, près de Manille, où se trouve la raffinerie Petron. La porte-parole de la présidence, Claire Castro, a confirmé l'achat de pétrole russe à la presse.

Il s'agit de la première livraison de pétrole russe aux Philippines depuis cinq ans, selon plusieurs médias.

Interrogé sur le pétrole russe, le ministère philippin des Affaires étrangères a déclaré jeudi à l'AFP que le pays coopérerait avec "tous les partenaires possibles pour contribuer à la stabilité régionale et mondiale, tout en assumant son devoir de protéger et sécuriser les interêts nationaux des Philippines".

Fournisseur complémentaire

Petron a refusé jeudi de confirmer l'arrivée de la cargaison. Son directeur général, Ramon Ang, avait affirmé la semaine dernière à l'AFP que l'entreprise était "en pourparlers" pour un éventuel achat de pétrole russe. 

De son côté, le président philippin Ferdinand Marcos a déclaré mercredi ratisser large dans la recherche de carburant, Manille estimant alors qu'il lui restait environ 45 jours de réserves. 

"Nous avons essayé d'explorer d'autres sources qui ne sont pas affectées par la guerre en cours au Moyen-Orient", a déclaré le président lors d'une conférence de presse.

"Aucune piste n'est écartée. Nous considérons toutes les possibilités."

Pour Ser Pena Reyes, économiste à l'université Ateneo de Manille, cet achat de pétrole russe, qui pourra satisfaire environ deux jours de demande nationale, peut contribuer à stabiliser les prix à court terme. 

"La Russie peut être un fournisseur complémentaire utile (...) mais les Philippines auront probablement plus à gagner d'une approche équilibrée, consistant à maintenir des liens solides avec leurs partenaires traditionnels tout en investissant progressivement dans les énergies renouvelables et la coopération énergétique régionale", a-t-il expliqué à l'AFP.

Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis ont assoupli certaines sanctions, autorisant ainsi l'achat du pétrole russe se trouvant actuellement en mer jusqu'au 11 avril.

Le ministère philippin de l'Energie a annoncé par ailleurs jeudi l'arrivée de 142.000 barils de gazole commandés par le gouvernement, dans le cadre d'un plan d'approvisionnement supplémentaire pour le pays pouvant atteindre 2 millions de barils.

La ministre Sharon Garin a déclaré à l'AFP que cette livraison était arrivée du Japon.

Jeudi, le ministère de l'Énergie a débloqué un fonds d'urgence de 20 milliards de pesos (287 millions d'euros) qualifiés par la ministre de "mesure proactive" visant à garantir l'approvisionnement en carburant. 

Le président Marcos a également annoncé jeudi qu'un nouveau puits offshore, qui devrait être pleinement opérationnel d'ici le dernier trimestre 2026, prolongerait de plusieurs années la durée de vie du gisement gazier de Malampaya, qui fournit environ 40% de l'électricité à l'île de Luzon, la principale de l'archipel, initialement voué à l'épuisement d'ici quelques années.

Dans un communiqué, Prime Energy, qui gère le site, a indiqué que le nouveau puits "doublerait effectivement le volume de gaz pouvant être produit" à partir des réserves restantes du gisement. 

Alors que le gaz naturel représente 14 à 17,5% de la production d'électricité du pays, les Philippines, régulièrement affectées par des pannes de courant, dépendent de l'importation de charbon pour plus de la moitié de leur électricité.

L'archipel prévoit également d'augmenter la production de ses centrales à charbon afin de maintenir des coûts abordables pour l'électricité, le prix du gaz naturel liquéfié ayant flambé à cause de la guerre, a annoncé la ministre de l'Energie mardi.

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