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Automobile: 320 emplois supprimés chez l'équipementier Dumarey à Strasbourg

L'équipementier automobile Dumarey Powerglide va fermer son usine strasbourgeoise d'ici à la fin d'année, entraînant la suppression de 320 emplois, après que son principal client, l'équipementier ZF, a...

L'équipementier automobile Dumarey Powerglide va fermer son usine strasbourgeoise d'ici à la fin d'année, entraînant la suppression de 320 emplois © FREDERICK FLORIN
L'équipementier automobile Dumarey Powerglide va fermer son usine strasbourgeoise d'ici à la fin d'année, entraînant la suppression de 320 emplois © FREDERICK FLORIN

L'équipementier automobile Dumarey Powerglide va fermer son usine strasbourgeoise d'ici à la fin d'année, entraînant la suppression de 320 emplois, après que son principal client, l'équipementier ZF, a mis fin prématurément à leur contrat.

"On a informé hier le CSE de DPS ainsi que les salariés d'un projet de cessation de nos activités au courant de l'année 2026", a confirmé jeudi à l'AFP le président de Dumarey Powerglide Strasbourg (DPS) Arnaud Bailo, évoquant une décision "extrêmement difficile à prendre au regard de l'impact humain et social".

Cette décision implique la suppression de 320 emplois directs, après un plan social qui en avait déjà supprimé 234 l'année dernière.

Une centaine de départs sont prévus en juin, une autre vague d'environ 200 personnes en août, et une dernière fin 2026, selon Malek Kirouane, délégué syndical CGT. "L'impact va être énorme", avec en plus les prestataires, alerte-t-il, "c'est une catastrophe."

Sur les 234 personnes licenciées lors du dernier PSE, en février 2025, "très peu ont retrouvé du travail", dit-il, estimant que les délais de congé de reclassement, de 10 mois, sont trop courts.

Cette fermeture annoncée s'explique par une "rupture brutale et non anticipée des commandes de transmissions automatiques par ZF à partir de 2024", entraînant une chute de 85% du chiffre d'affaires de l'entreprise, selon la direction de DPS. 

Le chiffre d'affaires "a été divisé par 9" entre 2023 et 2025: "difficile, dans ce contexte-là, de trouver des solutions", regrette M. Bailo.

Gâchis

Des discussions vont débuter lundi pour quatre mois au sein de l'entreprise.

"C'est le ciel qui tombe sur la tête des salariés", témoigne Laurent Julien, secrétaire CFDT du CSE. "On ne s'y attendait pas, même si on commençait à avoir des doutes. Il n'y avait pas de son, pas d'image de la part de la direction", qui était "très opaque" ces derniers temps, selon lui.

"On savait qu'elle voulait rebondir sur l'armement. C'est pour ça qu'elle s'est d'ailleurs rapprochée [du groupe alsacien] Lohr" en 2025, mais les négociations n'ont pas abouti. "Donc, on est obligés de fermer (...) c'est un gâchis, une grande tristesse". 

Après le PSE de l'an dernier, la direction du site avait évoqué des pistes pour de nouveaux projets, mais la société était "tellement endettée" qu'elle ne pouvait plus "être crédible pour quoi que ce soit", a souligné M. Kirouane.

Pour M. Julien, la direction n'a pas su gérer le "virage électrique" du secteur automobile, ni "trouver des volumes qui remplaceraient ZF".

La direction souligne avoir investi, il y a quatre ans, 80 millions d'euros pour "diversifier" sa clientèle et prendre "le virage de l'électrique". Cependant aujourd'hui les volumes "ne sont pas au rendez-vous parce que les commandes initialement prévues par nos clients sont plus de 40% en dessous des capacités mises en place", selon M. Bailo.

Secteur en difficulté

"Ils disent qu'ils n'ont plus d'argent, qu'il y a une crise automobile, que les Chinois ont pris tous les marchés... tous les arguments sont bons. Mais le problème, c'est que stratégiquement, ils ont merdé" même quand la santé financière de l'entreprise était bonne, estime M. Kirouane.

Pour la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian et la présidente de l'Eurométropole Pia Imbs, la fermeture annoncée du site est un "signal d'alerte collectif", qui souligne "la nécessité pour l'Europe de préserver ses outils de production" et "sécuriser ses chaînes de valeur industrielles".

"Où sont passés les 25 millions d'euros d'argent public dont a bénéficié Dumarey Strasbourg ?", s'est interrogé pour sa part le député LFI Emmanuel Fernandes, jugeant "intolérable que l'État laisse une entreprise encaisser l'argent des contribuables pour ensuite licencier sans scrupules".

Les plans sociaux se sont multipliés chez les fabricants de pièces automobiles en France et en Allemagne, à cause d'une baisse des ventes de voitures, notamment en Europe et en Chine, le marché principal des fabricants européens. 

L'usine strasbourgeoise a compté plus de 2.500 salariés lorsqu'elle appartenait encore, jusqu'en 2013, au géant américain General Motors avant d'être reprise par le groupe belge Punch Powerglide, devenu Dumarey Powerglide en 2023. "Dans le bassin de l'emploi de Strasbourg, c'est un site historique qui a engrangé des milliards d'euros de chiffre d'affaires" et où de nombreux salariés ont fait toute leur carrière, souligne M. Julien.

ilp-av-mlx-pau/ab/LyS

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