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Bastion de gauche depuis plus d'un siècle, Besançon à portée de main de la droite

Dirigée par la gauche de manière quasi ininterrompue depuis plus d'un siècle, Besançon basculera-t-elle à droite aux prochaines municipales? Pour le candidat LR Ludovic Fagaut, passé tout près de la victoire en 2020, l'alternance est à portée de...
La mairie de Besançon, le 13 janvier 2020, dans le Doubs © SEBASTIEN BOZON

La mairie de Besançon, le 13 janvier 2020, dans le Doubs © SEBASTIEN BOZON

Dirigée par la gauche de manière quasi ininterrompue depuis plus d'un siècle, Besançon basculera-t-elle à droite aux prochaines municipales? Pour le candidat LR Ludovic Fagaut, passé tout près de la victoire en 2020, l'alternance est à portée de main, mais la sortante écologiste Anne Vignot résiste.

Pour les partisans de la maire, qui dirige l'ancienne capitale comtoise depuis 2020 avec les socialistes et les communistes mais sans LFI, "Besançon reste une ville de gauche". Et la conquête par la droite de "la ville de Victor Hugo et de Charles Piaget", figure emblématique de la lutte d'autogestion des salariés de l'entreprise horlogère LIP dans les années 1970, serait inconcevable.

Un sondage Ipsos pour L'Est Républicain, publié début février, donne pourtant les deux principaux candidats au coude à coude, avec 34% des suffrages chacun au soir du premier tour.

Pour M. Fagaut, défait à 566 voix près en 2020, vouloir garder à gauche la ville de 120.000 habitants n'est "pas un programme" ni "un projet". La question n'est pas l'étiquette politique, insiste-t-il, mais "quelle philosophie et quelle trajectoire on veut donner à notre ville", et le choix d'une personnalité capable de lui "apporter un nouveau souffle". 

Le représentant de la droite, qui quadrille les quartiers à la rencontre des habitants, reproche à Mme Vignot "d'être au service d'une idéologie" et d'avoir "opposé" les Bisontins les uns aux autres. "Chaque voix compte, on va les chercher, il faut convaincre", confie le chef de l'opposition municipale entre deux opérations de porte-à-porte. 

Beaucoup d'électeurs reconnaissent ce principal de collège, crâne rasé et lunettes cerclées de noir. "On va faire un selfie et le mettre sur Facebook !", s'enthousiasme Danièle Pélissard, une élégante octogénaire qui insiste pour le faire entrer chez elle et le présenter à ses amies. 

Débuts chaotiques à gauche

Dès le premier tour, Ludovic Fagaut, 47 ans, fait front commun avec le député Modem Laurent Croizier. "La priorité, c'est l'alternance" et donc "l'union des forces du centre et de la droite", estime ce dernier, qui "ressent" chez les Bisontins "une très forte demande de changement".  

Les reports de voix entre les deux tours seront déterminants. La liste LR/Modem devra compter sur les électeurs d'Eric Delabrousse (Horizon-Renaissance), qui part séparément. Ludovic Fagaut a en revanche catégoriquement exclu toute alliance avec le RN Jacques Ricciardetti, s'il franchissait les 10% et accédait au second tour. 

A gauche, les relations entre les différents partis ont parfois été chaotiques. La candidate LFI Séverine Véziès, initialement partie aux côtés de la maire, conduit finalement sa propre liste. Elle a indiqué qu'entre les deux tours, elle tendrait la main à Mme Vignot. Cette dernière entend considérer cette proposition "sous conditions". 

A l'inverse, le PS avait de son côté d'abord lancé sa propre équipe, avant de rejoindre Mme Vignot après le départ des Insoumis. Son responsable dans le Doubs, Jean-Sébastien Leuba, a pris la deuxième place de la liste, derrière la maire, mais il a été exclu de son parti pour "comportements dénigrants", décision contre laquelle il a déposé un recours.

Pour Mme Vignot, 66 ans, une féministe militante qui a grandi dans un quartier ouvrier de Tavaux (Jura), "Besançon est belle de son histoire sociale". 

C'est la ville où ont été inventés des dispositifs sociaux devenus plus tard le revenu minimum d'insertion (RMI) et l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA), souligne-t-elle. Ces valeurs "restent très vivantes dans les esprits", observe la maire, qui se dit "fière" de son bilan, tant social et économique que sécuritaire.

Dans un contexte national compliqué pour les élus écologistes, la maire sortante a reçu mardi le soutien de ténors nationaux et locaux de la gauche, comme la patronne des écologistes Marine Tondelier, la députée du Doubs et ancienne ministre Dominique Voynet (LE), le président de la région Bourgogne-Franche-Comté Jérôme Durain ou les députés ex-Insoumis Clémentine Autain (L'Après !) et François Ruffin (Debout !). 

Tous ont dit vouloir afficher "l'union" et appelé à "un vote utile" dès le premier tour pour "conserver la ville à gauche".