En bref

Condamné à de la prison ferme pour détournements de fonds publics, Patrick Balkany échappe à l'incarcération

Lourdement condamné dans deux affaires de détournements de fonds publics, l'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany ne retournera pas en prison, le tribunal correctionnel de Nanterre ayant pris en compte son âge pour...
L'ancien maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) Patrick Balkany au tribunal de Nanterre le 4 avril 2023 © Emmanuel DUNAND

L'ancien maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) Patrick Balkany au tribunal de Nanterre le 4 avril 2023 © Emmanuel DUNAND

Lourdement condamné dans deux affaires de détournements de fonds publics, l'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany ne retournera pas en prison, le tribunal correctionnel de Nanterre ayant pris en compte son âge pour s'abstenir de prononcer un mandat de dépôt.

M. Balkany, 77 ans, s'est vu infliger des peines respectives de 15 mois d'emprisonnement ferme et trois ans ferme, assorties de 15 mois de sursis probatoire dans le premier dossier et d'un an de sursis probatoire dans le second.

Hospitalisé pour un problème cardiaque, selon son avocat Me Robin Binsard, l'ex-baron de la droite francilienne n'était pas présent lors du délibéré.

Le tribunal l'a également condamné à, respectivement, 350.000 et 500.000 euros d'amende ainsi que dix ans d'inéligibilité et l'interdiction d'exercer une activité dans la fonction publique pendant cinq ans.

La présidente du tribunal, Céline Ballerini, a souligné que "les faits n'étaient pas dérisoires comme a tenté de l'indiquer M. Balkany".

Pour la magistrate, ils montrent au contraire "la légèreté avec laquelle les élus de la République peuvent s'affranchir des règles et des lois" qu'ils sont censés faire observer.

Elle a aussi dénoncé des infractions qui "portent atteinte à la confiance que les administrés doivent à ceux qui les représentent et aux institutions".

Mme Ballerini a par ailleurs regretté qu'en dépit de ses condamnations passées, M. Balkany ait gardé "un discours inchangé au fil des audiences" et ne fasse preuve d'aucun "acte de contrition".

Elle a concédé que la question du mandat de dépôt s'était posée, mais que le tribunal n'avait pas retenu cette option "compte tenu de l'âge" de l'ancien maire.

Leçon de morale

"La seule chose dont on peut se réjouir est qu'il ne passera pas un seul jour en détention", a réagi auprès de l'AFP Me Binsard. 

"Le tribunal lui a accordé une peine aménageable et on peut le saluer. Pour le reste, on a assisté à une belle leçon de morale au mépris des règles de droit", a-t-il ajouté, précisant qu'il comptait faire appel de ces deux décisions.

Dans la première affaire, l'ex-édile avait comparu pour avoir utilisé de 2012 à 2018 les fonds d'une association subventionnée par la ville, la Codeeil, afin d'assurer un complément de revenus à son ex-directeur du développement économique, Renaud Guillot-Corail, décédé en 2020.

Le tribunal a estimé que la prise illégale d'intérêts et le détournement de fonds publics étaient caractérisés.

Dans le second volet, examiné pendant trois jours, il avait été jugé pour avoir affecté, entre 2010 et 2015, des policiers municipaux à des tâches personnelles, notamment comme chauffeurs privés.

Il a aussi été condamné dans ce dossier, le tribunal estimant que M. Balkany avait "privilégié son confort et ses demandes, ce qui n'est pas acceptable".

L'audience avait dû être suspendue après des propos du prévenu, jugés proches de "l'outrage" par Mme Ballerini.

Le procureur avait qualifié Patrick Balkany de "démiurge omnipotent" ayant, "par le fait du prince", détourné trois policiers municipaux de leurs fonctions pour en faire des "larbins", des "hommes à tout faire" et "quasiment des domestiques".

Le parquet avait requis dix-huit mois de prison ferme dans le premier dossier et un an ferme dans le second.

Me Binsard avait lui plaidé la relaxe, dénonçant "une purge" et raillant les lacunes de l'instruction.

M. Balkany a déjà été condamné dans plusieurs autres affaires, notamment en 2023 avec son épouse Isabelle pour avoir dissimulé 13 millions d'euros au fisc.

En avril, la cour d'appel de Rouen a confirmé sa libération conditionnelle pour les 15 mois de prison qu'il lui reste à purger dans ce dossier.

Il a par ailleurs fait cinq mois de détention en 2019-2020, puis à nouveau six mois en 2022.