Quelle est l'origine de HIT et quelles sont ses missions ?
Martin Vangaeveren : HIT (Hauts-de-France Innovation Tourisme, ndlr) est un programme de la Région, lancé en 2023 et porté par EuraCreative à Tourcoing. Il vise à développer le volet d'innovation tourisme, à l'image d'autres initiatives de ce type en France. Nous accompagnons tous les types d'acteurs en Hauts-de-France, que ce soient des structures privées ou des collectivités via leurs organismes de gestion de destination, les OGD, par exemple. Il s'agit, notamment, d'acculturer à l'écosystème, mettre en contact avec les bonnes personnes, pour accélérer le projet.
Sentez-vous une certaine inquiétude face à l'intelligence artificielle (IA) ?
M.V. : On entend beaucoup de choses sur l'IA. Parmi les acteurs du tourisme, il y a un vrai questionnement et parfois la crainte de voir tout le travail réalisé jusque-là réduit à néant. Il faut remettre les choses à plat et dire que l'IA une révolution, c'est vrai, mais qu'il ne faut pas sombrer dans la panique. Ce n'est pas une technologie qui fait tout, mais elle reste intéressante parmi d'autres outils.
Alors comment l'IA vient faire bouger les lignes ?
M.V. : C'est vrai que, selon une étude Statista de 2025, 40% des voyageurs déclarent avoir utilisé l'IA dans la préparation de leurs vacances. Mais ils ne l'utilisent pas pour préparer l'intégralité de leurs vacances. Le parcours digital d'un visiteur est plus fragmenté que jamais. Certains vont chercher une inspiration de destination sur les réseaux sociaux. Puis ils vont faire des recherches avec Google et Chat-GPT, comparer sur un site de booking... Enfin, ils iront sur les sites Internet des hébergeurs et des lieux touristiques pour chercher des informations précises : des horaires, des tarifs... Selon Expedia Group, nous passons, en moyenne, 303 minutes à consommer des contenus pour planifier un séjour. Ce temps n'est pas passé exclusivement sur des moteurs de recherche IA.
Est-ce qu'il est nécessaire de faire évoluer tout de même certaines habitudes ?
M.V. : Non, parce que finalement, dans la manière dont les résultats remontent sur des moteurs de recherche IA comme Chat-GPT, Claude ou Mistral, il y a des techniques similaires à celles de référencement nécessaire pour être numéro un sur Google. Si vous avez un bon référencement sur Google, généralement, vous allez bien être référencé par un moteur de recherche IA. Et puis, les méthodes de calcul d'IA évoluent tellement vite qu'on ne peut tout simplement pas suivre.
L'enjeu est donc de soigner son référencement…
M.V. : Oui. Par exemple, si un organisme est régulièrement cité par des sources externes, cela montre qu'il fait office d'autorité. Il sera plus cité dans des moteurs de recherche IA. Et cette pratique était déjà valable pour du référencement Google.
Le nouvel enjeu est-il d'être présent sur les réseaux sociaux ?
M.V. : 41% des voyageurs dans le monde disent que les réseaux sociaux ont inspiré leur voyage. Mais encore une fois, on parle d'inspiration, pas d'une recherche d'informations ou de réservations. C'est, par exemple, une vidéo d'un influenceur qui évoque Lille et qui donne envie d'y passer un week-end. C'est une tendance qui concerne surtout les moins de 30 ans notamment sur TikTok. L'intérêt d'être sur les réseaux dépend donc de l'acteur et de ce qu'il propose. Si on décide de faire appel à un influenceur, il faut choisir le profil adapté à sa destination, car chacun à son style, sa façon de faire, sa communauté. Ensuite, il ne faut pas voir les influenceurs comme des agences de communication. Ce sont plutôt des sous-traitants à qui on propose un storytelling.
Est-ce que l'IA peut être un outil utile pour les acteurs du tourisme ?
M.V. : Clairement oui. Nous répétons qu'il faut être régulièrement présent sur le net, en partageant du contenu par exemple. Il s'agit de prendre la parole sur sa destination, raconter ce qu'on peut vivre. On parle d'expérientiel. Et beaucoup d'acteurs, qui ont de petites équipes, manquent de temps pour le faire. L'IA peut être un vrai atout. Pas pour rédiger du contenu, les gens repèrent de plus en plus quand c'est le cas. Mais l'IA peut aider à trouver des sujets à aborder, à planifier les publications, à automatiser certaines tâches… Il s'agit de faire plus et mieux avec moins de ressources humaines. Mais cela demande au préalable de tout mettre à plat et d'être méthodique dans sa démarche. Une autre astuce est de générer un contenu que l'on exploitera plusieurs fois. Une vidéo d'un format moyen sera déclinée ensuite en une série de formats plus courts par exemple.
Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont