La présidente du Louvre jette l'éponge: sur la sellette depuis le cambriolage du 19 octobre, Laurence des Cars a démissionné mardi de la tête du musée le plus visité au monde qui a besoin, selon Emmanuel Macron, d'une "nouvelle impulsion".
Sous le feu des critiques depuis le spectaculaire vol de joyaux de la Couronne française, Mme des Cars, 59 ans, a remis sa démission au chef de l'État qui l'avait nommée fin 2021. Le président l'a acceptée en saluant un "acte de responsabilité", indique un communiqué de l'Élysée, sans préciser le nom de son ou sa successeur.
"Le plus grand musée du monde a besoin d'apaisement et d'une nouvelle impulsion forte pour mener à bien des grands chantiers de sécurisation, de modernisation et le projet +Louvre – Nouvelle Renaissance+", vaste projet annoncé par Emmanuel Macron début 2025, poursuit le communiqué.
Ancienne présidente du musée d'Orsay, Mme des Cars, dont le mandat courait jusqu'à fin 2026, était plombée par le cambriolage du Louvre qui a soulevé une onde de choc mondiale et mis au jour d'importantes failles de sécurité du musée, qui accueille chaque année quelque 9 millions de visiteurs.
Toujours introuvable, le butin, dont s'est emparé le commando de cambrioleurs en plein jour, a été estimé à 88 millions d'euros.
Dans la foulée du cambriolage, Laurence des Cars avait été notamment déstabilisée par la révélation d'audits de sécurité alarmants sur la sécurisation du Louvre, dont elle n'avait appris l'existence qu'après le vol.
"Je suis sereine et fière du travail accompli", a-t-elle réagi dans un entretien au Figaro mis en ligne après sa démission. "Mais tenir la barre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir avancer. Et les conditions pour avancer ne sont plus réunies", a ajouté la dirigeante qui rappelle avoir alerté les pouvoirs publics sur le sous-équipement du musée dès janvier 2025.
"Cette lucidité a pu être parfois douloureuse mais elle était indispensable pour mettre le Louvre sur la voie de la transformation. J'en paye peut-être le prix aujourd'hui", ajoute-t-elle, assumant avoir été "là pour prendre la foudre".
Failles
Au lendemain du braquage, cette conservatrice expérimentée avait remis sa démission à la ministre de la Culture Rachida Dati qui l'avait refusée mais avait ordonné une enquête administrative aux conclusions alarmantes sur la "sous-estimation chronique, structurelle, du risque intrusion et vol".
Dans un autre rapport accablant publié début novembre, la Cour des comptes avait reproché au Louvre d'avoir "privilégié des opérations visibles et attractives" au détriment de la sécurité.
Sous la pression, Mme des Cars s'était montrée combative mais avait été contrainte de concéder des failles. "Malgré nos efforts, malgré notre travail acharné au quotidien, nous avons été mis en échec", déclarait-elle au Sénat fin octobre.
Plusieurs mesures d'urgence ont, depuis, été prises, dont le remplacement de la grille empruntée par les cambrioleurs, et Mme des Cars tentait de se projeter sur le très contesté projet "Louvre - Nouvelle Renaissance", qui prévoit notamment la construction d'une nouvelle entrée et d'une nouvelle salle pour la Joconde.
Son message a toutefois été affaibli par une avalanche de revers qui ont frappé Le Louvre depuis le cambriolage, contraint notamment de fermer une galerie en raison de la vétusté des locaux et victime d'une vaste fraude à la billetterie.
En interne, son action était également contestée par les personnels engagés depuis mi-décembre dans le plus long conflit social de l'histoire du musée, pour dénoncer leurs conditions de travail et un dialogue social déficient avec la direction.
"Ce qui me fait partir ce n'est pas la grève mais bien l'impossibilité de transformer le Louvre dans le contexte institutionnel actuel", assure toutefois Mme des Cars au Figaro.
"Les nombreuses défaillances dans le pilotage de l'établissement appellent à une reprise en main forte de l'établissement", a réagi auprès de l'AFP Alexandre Portier, président de la commission d'enquête sur la sécurité du musée qui avait convoqué Mme des Cars pour une audition mercredi après-midi.
Au Figaro, la présidente démissionnaire affirme qu'elle s'y rendra au nom du "devoir de transparence" mais les services de l'Assemblée ont indiqué mardi soir dans un communiqué que cette audition était annulée.