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Disperser vite les avions de combat, un impératif face aux menaces de drones ou missiles

"Regardez l'Ukraine, si vos forces sont immobiles vous perdez la guerre". Ainsi éclairée, l'armée de l'Air française s'exerce à disperser très vite ses précieux avions Rafale, vulnérables au sol, pour les redéployer sur...

Un avion français Rafale, le 29 janvier 2026 sur la base aérienne de Cazaux, dans le sud-ouest de la France, lors de l'exercice TOPAZE © Philippe LOPEZ
Un avion français Rafale, le 29 janvier 2026 sur la base aérienne de Cazaux, dans le sud-ouest de la France, lors de l'exercice TOPAZE © Philippe LOPEZ

"Regardez l'Ukraine, si vos forces sont immobiles vous perdez la guerre". Ainsi éclairée, l'armée de l'Air française s'exerce à disperser très vite ses précieux avions Rafale, vulnérables au sol, pour les redéployer sur plusieurs bases et riposter dans la foulée.

"Mardi dernier commençait comme une journée normale, je planchais sur mes mails ", raconte le capitaine Johan, 30 ans, de la 30e escadre de Mont-de-Marsan, dans les Landes. Soudain, "on a été appelés par le commandant, il fallait quitter la base", menacée d'une attaque dans la journée.

Il rassemble quelques affaires sans savoir où il doit conduire son Rafale. Ce sera Cazaux, en Gironde, à environ 80 kilomètres de là.

L'exercice Topaze, conduit par l'Armée de l'Air et de l'Espace cette semaine dans le Sud de la France, a consisté à disperser sans préavis "20 avions dans un temps record sur 4 bases aériennes différentes", explique le commandant de la brigade aérienne de l'aviation de chasse (BAAC), le général Pierre Gaudillière, en dressant le parallèle avec la guerre d'Ukraine.

En même temps, "il faut déployer tous les mécaniciens (qui ont quitté la base par la route, ndlr), les lots techniques, le matériel de remise en oeuvre de ces avions et l'armement", pour équiper de missiles les appareils dans la foulée, détaille-t-il.

C'était le deuxième volet de l'exercice: ne pas simplement sauver les avions, mais pouvoir très vite les renvoyer au combat.

Chargés de huit répliques de missiles de croisières air-sol Scalp, et de missiles air-air Mica et Meteor, quatre Rafale ont redécollé pour simuler un raid de représailles en territoire ennemi, appuyés par deux chasseurs Mirage venus de Luxeuil (Haute-Saône) et ont simulé un affrontement contre six Rafale figurant des Sukhoi-30 de conception russe.

"Le but du raid est d'avoir une supériorité aérienne locale pour aller tirer les missiles" Scalp qui permettent de frapper dans la profondeur ennemie, avec leur portée de 250 à 350 kilomètres.

Opération Spiderweb

Quelque peu remisée après la Guerre Froide, pendant des décennies de guerres expéditionnaires et asymétriques sur des théâtre lointains, l'idée de pouvoir vite disperser ses avions chers et peu nombreux revient en force à la faveur du retour de la guerre de haute intensité entre Etats.

C'est le concept baptisé ACE (emploi agile au combat) par l'armée de l'Air américaine, décliné et adapté par ses alliés de l'OTAN dont la France.

"L'objectif de l'ACE est de préserver l'arme aérienne dans un environnement de menace élevée à longue portée, que ce soit des missiles de croisière ou balistique ou des drones suicide, comme on peut l'observer en Ukraine", explique à l'AFP le chercheur Luca Chadwick, auteur de plusieurs articles sur le sujet, notamment pour le centre de réflexion britannique Rusi.

Quand il est au sol, l'avion "est une cible inerte. Regardez le succès de l'opération Spiderweb en juin 2025: les Ukrainiens ont exploité cette vulnérabilité pour attaquer les bases aériennes" russes et détruire plusieurs précieux appareils, rappelle-t-il.

"Disperser les avions et décentraliser leur régénération complique le travail de l'adversaire", ajoute-t-il.

A cette fin, l'armée de l'Air et de l'Espace peut s'appuyer sur un réseau de 28 bases aériennes en métropole et en Corse, mais aussi sur les multiples pistes civiles du territoire national.

Mais elle doit aussi faire évoluer ses outils de maintien en condition opérationnelle (MCO), fluidifier le travail de ses mécanos, positionner les munitions au plus près des avions, etc. 

"On a changé de modèle", explique le colonel Richard Désumeur, commandant en second et directeur technique de la BAAC. "Les mécanos ont réintégré les unités de combat, pour être plus autonomes et décider plus rapidement".

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