Cela faisait 25 ans que le provisoire durait. Sabine Henry, présidente du tribunal de commerce de Dunkerque, ne cachait donc ni sa joie ni son émotion quand elle a officiellement inauguré les nouveaux locaux du tribunal de commerce de Dunkerque, à l’issue de la cérémonie de rentrée solennelle. «Désormais, nous disposons de locaux parfaitement adaptés à notre activité, avec salle d’audience, bureaux et greffe installés au même endroit. Ils offrent des conditions de travail idéales à la justice commerciale, qui plus est, au plein cœur d’un quartier en plein dynamisme, synonyme du renouveau économique dunkerquois», a salué la présidente, heureuse de voir le tribunal de commerce de Dunkerque, «revenir à Dunkerque», après avoir été hébergé un quart de siècle dans la ville voisine de Coudekerque-Branche.
Cet emménagement ne constitue pas le seul projet concrétisé à l’aube de cette nouvelle année. Annoncé lors de la rentrée solennelle de 2025, le dispositif d’aide psychologique pour les dirigeants de TPE et de PME va voir le jour d’ici la fin du premier semestre 2026. Il sera porté par l’antenne de l’association APESA France. «Il s’agit d’une aide gratuite, qui garantit la confidentialité des échanges. Elle s’adresse aux chefs d’entreprise en grande difficulté psychologique qui ne savent plus comment sortir du tunnel, majoritairement repérés par des juges consulaires, des mandataires judiciaires, des avocats, des greffiers ou même des bénévoles transmetteurs d’alerte», explique Sabine Henry. Quand on sait qu’une étude de la Fondation MMA des entrepreneurs du futur montre qu’un tiers des dirigeants de TPE et PME souffrent de d’anxiété ou de dépression, on comprend l’utilité d’un tel dispositif qui a déjà fait ses preuves ailleurs et notamment au Tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer qui le propose aux chefs d’entreprise depuis 10 ans.
Une belle dynamique économique locale
La rentrée solennelle du tribunal de commerce aura permis d’installer pour un premier mandat de deux ans, le juge Eric Vandewalle. Et de renouveler à leur poste pour un mandat de quatre ans, les juges Christophe Frémaux, Xavier Dewynter, Jean-Marc Morey et Thierry Le Chapois. Mais également de dresser un bilan de l’année 2025. Ainsi, les chiffres laissent apparaître une activité très légèrement supérieure à 2024 en contentieux général (134 affaires contre 128), soit une progression de près de 5%, au même niveau qu’en 2022. Pour les ordonnances du président, le tribunal constate une situation normale après les années Covid, avec un nombre d’injonctions de payer à la baisse, de même niveau que 2022.
En procédures collectives, on observe un nombre d’ouvertures de 204, soit 13% de moins qu’en 2024 : 133 liquidations immédiates pour 69 procédures de redressement judicaire. Cependant, le nombre de liquidations après période d’observation a nettement progressé (57 en 2025 pour 40 en 2024). Et 19 plans de sauvegarde ont été ouverts pour neuf en 2024. «En fait, les chiffres de 2023 et 2024 étaient particulièrement faibles grâce aux nombreux PGE qui avaient été accordés aux entreprises, ces PGE faisant office de perfusion. Nous retrouvons maintenant notre rythme de croisière», explique Sabine Henry, qui se satisfait du nombre d’ouverture de procédure de mandat ad hoc ou de conciliation : 32 dossiers en 2025 à la place de 19 en 2024. Par ailleurs, 22 chefs d’entreprises ont été sanctionnés pour faillites personnelles avec interdiction de gérer.
En ce qui concerne le registre du commerce et des sociétés, plus de 11 000 formalités, soit 10% de progression, ont été enregistrées en 2025. 2 560 concernaient l’immatriculation de commerçants en micro-entreprise et de sociétés commerciales. «Voilà des chiffres bien réjouissants qui prouvent une fois de plus le dynamisme de notre région», a commenté Sabine Henry qui s’est réjouie également de l’augmentation du nombre de dépôts des comptes, en hausse de plus 11%.
La présidente du tribunal a également plaidé pour une «démystification» du tribunal afin d’encourager les chefs d’entreprise à s’y rendre avant qu’il ne soit trop tard. «Seulement 13% des entreprises en difficulté viennent spontanément nous voir. Et les 87% restants ? Nous les retrouvons en procédure collective, certaines bénéficiant d’un plan de redressement, en croisant les doigts pour que ce plan aboutira à son terme. Un constat plus que négatif, alors que les procédures de prévention connaissent un succès proche de 80%» a-t-elle regretté. Sabine Henry a cependant terminé son propos sur une note positive, insistant sur le nombre très élevé de projets industriels en cours dans le Dunkerquois, qui impactent très favorablement le tissu économique local et permettent de réduire les risques de défaillances.