«Il faut oser», affirme Alice Gevaert, dirigeante de Reseelec, entreprise spécialisée dans les réseaux électriques, l’éclairage public, la viabilisation et les bornes de recharge. Ce 24 mars à Saint-Omer, la Station a consacré un petit-déjeuner à l’innovation et à l’entrepreneuriat au féminin. L'occasion pour Alice Gevaert de témoigner. Il y a 18 ans, elle a repris les rênes de l’entreprise familiale, sans formation d’électricienne, mais avec la volonté de la faire évoluer. «Lorsque mon père m’a proposé de reprendre l’entreprise, j’ai d’abord paniqué. J’en ai parlé à mon mari, qui m’a dit que j’étais folle. Et le lendemain, j’ai accepté. Aujourd’hui, je ne regrette pas du tout», confie-t-elle.
En invitant plusieurs entrepreneuses à témoigner, la Station entendait valoriser des trajectoires inspirantes, encore trop peu visibles. «Les modèles de femmes qui réussissent restent rares», souligne Emily Lecourtois, dirigeante de Little Big Women, une association engagée dans la prise de conscience des spécificités de l’entrepreneuriat féminin. «Seules 10% des start-up et 2% des entreprises du CAC 40 sont dirigées par des femmes. Pourtant, une égalité économique générerait 12 000 milliards de PIB supplémentaires», rappelle-t-elle.
Des freins qui dépassent la seule question de l’audace
Ce jour-là, 75 personnes ont participé à la rencontre, majoritairement des femmes, quelques hommes étaient également là. Une présence jugée nécessaire. «Il est important que les hommes soient associés à ces réflexions. Par exemple, ne pas organiser de réunions après 18 heures permet aussi un meilleur partage des responsabilités au sein du foyer. Ce n’est pas uniquement une question féminine», insiste Emily Lecourtois. Au fil des échanges, un constat s’impose : la question n’est plus tant celle de l’audace. «Les femmes osent entreprendre. En revanche, notre système n’est pas encore pleinement adapté pour leur permettre de le faire dans de bonnes conditions», poursuit-elle.
Une égalité économique générerait 12 000 milliards de PIB supplémentaires
Ainsi, 80% des opportunités professionnelles se construisent au sein des réseaux, souvent lors d’événements organisés en fin de journée, auxquels les femmes participent moins. Elles entreprennent également plus tard, avec un âge moyen de 41 ans en Hauts-de-France, et s’orientent plus fréquemment vers des projets de taille réduite, afin de limiter les impacts sur leur vie personnelle. Dans ce domaine, «Les hommes se posent souvent moins de questions», observe Alice Gevaert.
Un rapport au financement encore inégal
La question du financement constitue un autre levier déterminant. «Les femmes entretiennent souvent un rapport plus prudent à l’argent», constate Perrine Jonet, conseillère en financement et suivi d’entreprises au sein d’Initiative Pays de Saint-Omer. Dans les faits, elles privilégient davantage l’autofinancement. Une approche qui peut freiner le développement des projets. «Multiplier les sources de financement répartit les risques et augmente les chances de réussite», précise-t-elle. Les écarts sont significatifs : le montant moyen d’un plan de financement s’élève à 108 000 euros pour les hommes, contre 68 000 euros pour les femmes. «Cette différence de 40 000 euros a un impact direct sur la dimension des projets», souligne la conseillère.
Dans le même temps, les choix d’orientation restent marqués. Les femmes se dirigent plus souvent vers des secteurs comme les services à la personne, le conseil ou le secrétariat, et plus rarement vers des domaines à forte valeur ajoutée comme l’industrie ou la technologie. «Les rôles modèles y sont encore trop peu nombreux», observe Perrine Jonet. Dès lors, la question dépasse le seul cadre entrepreneurial. «L’éducation joue un rôle déterminant. Tout commence dès le plus jeune âge», rappelle Emily Lecourtois.
Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic