Il existe mille et une manières de faire « flop », montre l'exposition foisonnante « flop ?! Oser, rater, innover », présentée au Musée des arts et métiers, à Paris, jusqu'au 17 mai. Il y a ceux qui doivent leur statut de « flop » au fait qu'ils sont tout simplement ratés. C'est le cas du jeu de société proposé par Donald Trump à l'époque où il réalisait son émission télévisuelle « I'm back and you're fired » qui a donné son nom au jeu. Un échec commercial. « les Américains ont trouvé le jeu ennuyeux et compliqué », relate Jean-Baptiste Taisne, chef de projet de l'exposition. Parfois, c'est le positionnement qui pose problème : les lasagnes vendues dans une boîte signée Colgate, fabricant de dentifrice désireux de se diversifier, n'ont pas trouvé preneur...Quant au spray préservatif qui nécessite une attente de deux minutes, le temps que le produit sèche avant de passer à l'action, il relève de l'erreur de conception. Dans un autre domaine, c'est aussi le cas de la bouilloire « Hot Berta ». La pureté de ses lignes dues au célèbre designer Philippe Stark n'a pas compensé le fait que l'utilisateur était certain de s'ébouillanter à chaque utilisation ! «Dans certains cas, les défauts de conception d'un produit sont dus à leurs commanditaires », précise Jean-Baptiste Taisne. En la matière, le navire « Vasa » fait figure d'emblème. Construit dans les années 1620 à la demande du roi de Suède, Gustave II Adolphe, le navire coula le 10 août 1628, dès sa mise à l'eau. Le roi avait imposé une conception irréaliste du bateau, beaucoup trop lourd.
Le XXIe siècle a inventé d'autres types de flop. Coté mode, Zara en a réalisé un dont la genèse mériterait à elle seule une étude approfondie. En 2014, la société a proposé à la vente sur son site Internet un tee-shirt pour enfants rayé, avec cousue une étoile jaune à six branches, ressemblant fort celle imposée aux Juifs par les nazis. Suite au tollé, le tee-shirt a été retiré de la vente.
Des jalons avant le succès
Si certains flops sont d'authentiques voies de garage, « dans certains cas, le flop est une étape indispensable pour parvenir à un résultat», explique Marjolaine Schuch, chef de projet de l'exposition. Parmi les pièces fortes du musée des Arts et métiers figure, par exemple, le Fardier. Il s'agit du premier véhicule capable de s'affranchir de la traction animale, construit en 1769 par l'ingénieur militaire Nicolas Cugnot. Las, le véhicule, doté d'une chaudière à vapeur, allait à 4 km /heure maximum. Pour fonctionner durant une heure, il lui fallait trois heures de préchauffage. Autant dire que le projet a été abandonné.... « L'idée géniale était de trouver une énergie alternative pour déplacer un véhicule (…). Cela prendra deux siècles avant d'arriver à la voiture », analyse Marjolaine Schuch.
Dans l'exposition, des « flops » sont présentés au regard de succès qu'ils ont précédés. Exemple : l'aspirateur de poussières type balai Birum, fabriqué en 1906 restera dans les limbes : il fonctionnait avec un système de pompage manuel. Lui succédera, dans les années 1930, l'aspirateur multifonctions Tornado AP, qui fonctionne à l’électricité. Autre exemple, la « Pascaline », première machine à calculer mécanique de l’histoire, animée par un jeu d’engrenages miniatures, a été inventée par Blaise Pascal en 1642. « Il n'existait pas de modèle économique, car elle était très coûteuse à fabriquer », commente Jean-Baptiste Taisne. Son successeur : l’Arithmomètre nº 1113, à 8 scripteurs et 16 chiffres, breveté en 1820. Il s'agit du premier modèle de machine à calculer produite en série à connaître le succès commercial.
Impitoyable guerre des formats
Mais les progrès technologiques eux-mêmes engendrent des flops. Audio, vidéo, analogique, numérique.. A chaque étape et sur chaque sujet, des entreprises se battent pour gagner les marchés en imposant leur format. Les autres, délaissés, constituant autant de flops. « Chaque nouvelle innovation ouvre la voie à plusieurs formats dont un seul tire son épingle du jeu », résume Jean-Baptiste Taisne. Les formats concurrents des cassettes audio ont disparu, flop oublié de tous. En matière de vidéo, le format VHS porté par JVC , laissant les autres sur le carreau. « L'entreprise est arrivée un peu après les autres. Ils ont vu évoluer les autres formats, et ont réalisé une synthèse efficace », analyse Jean-Baptiste Taisne.
Autre exemple, la visioconférence, qui est le fruit d'une histoire de 80 ans, balisée de nombreux « jalons », ou « flops ». Un premier essai, expérimental, réussi, a lieu en 1927. En 1964, un premier essai de commercialisation est tenté, aux États-Unis. « Des entreprises ont pensé qu'il y avait un marché, mais cela n'a pas fonctionné », commente Marjolaine Schuch. D'autres essaieront -en vain - de vendre de coûteux visiophones. En 2006, « skype a tout débloqué. A la téléphonie par Internet, ils ont ajouté la visio. C'était simple, il suffisait d'ajouter une web cam », conclut Marjolaine Schuch. Il fallait, pour parvenir à cette réussite incontestable, en passer par toute une série de flops, autant d'initiatives – et d'entreprises- dont l'élan s'est brisé sur des murs technologiques, ou commerciaux...
Le Fardier, premier véhicule capable de s'affranchir de la traction animale, avant d’arriver à la voiture. © Franck Botté, Musée des Arts et Métiers - Le Cnam