Posant sans complexe devant des détenus entassés dans une mégaprison salvadorienne ou traitant de "terroristes" des manifestants tués par des policiers américains à Minneapolis, Kristi Noem incarnait jusqu'à la caricature l'inflexibilité de l'administration Trump face à l'immigration clandestine.
Mais le goût immodéré de la publicité et le discours musclé et sans nuance de la ministre de la Sécurité intérieure ont précipité la disgrâce de cette ancienne gouverneure du Dakota du Sud (nord), âgée de 54 ans.
Le président Donald Trump a annoncé jeudi son remplacement par le sénateur Markwayne Mullin.
Selon les médias américains, Donald Trump aurait particulièrement pris ombrage du fait que Kristi Noem, lors d'auditions parlementaires tendues cette semaine, ait assuré avoir obtenu son aval pour une campagne publicitaire de 220 millions de dollars visant à inciter les immigrés à rentrer d'eux-mêmes dans leur pays sans attendre d'être expulsés.
Elle y figurait largement en personne, y compris à cheval devant le célèbre mont Rushmore, dans le Dakota du Sud.
"Kristi Noem était le visage d'une campagne impopulaire, illégale et carrément dangereuse d'expulsions massives qui a coûté la vie à des Américains innocents et en a terrorisé beaucoup d'autres", a réagi dans un communiqué le principal membre démocrate de la commission judiciaire du Sénat, Dick Durbin.
"Le pays a exprimé son indignation, elle a menti au Congrès de manière répétée et même le président a fini par reconnaître qu'elle était inapte à cette fonction", a-t-il ajouté.
Après la mort le 24 janvier d'un second citoyen américain tué par un policier fédéral à Minneapolis, Donald Trump avait dépêché sur place son responsable de la politique d'expulsions d'immigrés, Tom Homan, un geste interprété comme un possible désaveu de la ministre.
Lors de la mort d'Alex Pretti, tué par un agent de la police aux frontières, comme le 7 janvier pour celle de Renee Good, tuée par un agent de la police de l'immigration (ICE), Kristi Noem avait aussitôt plaidé la légitime défense, une thèse rapidement battue en brèche par l'analyse des vidéos des tirs mortels.
Elle avait également présenté les deux victimes comme des "terroristes intérieurs", des propos qu'elle a toujours refusé de rectifier.
Nous vous traquerons
En novembre, sommée par un juge fédéral de s'expliquer sur sa décision de passer outre son ordre de suspendre des expulsions vers le Salvador en vertu d'une loi d'exception de 1798 sur les "ennemis étrangers", l'administration Trump a reconnu que cette décision avait été prise par Kristi Noem elle-même.
La ministre s'était même rendue en mars 2025 dans cette mégaprison, le Cecot, peu après ces expulsions, posant pour les caméras lors de sa visite.
"PARTEZ MAINTENANT. Si vous ne partez pas, nous vous traquerons, nous vous arrêterons et vous pourriez échouer dans cette prison salvadorienne", avait-elle écrit à l'intention des immigrés clandestins dans une publication sur ses réseaux sociaux accompagnée de photos de l'établissement pénitentiaire.
Cette mère de trois enfants qui a grandi dans un ranch est considérée comme un pilier de la famille "Make America Great Again" (Maga), qui rassemble les plus fervents trumpistes au sein du Parti républicain.
Elle défend des positions ultraconservatrices sur tous les sujets clivants, de l'avortement à l'immigration, en passant par les armes à feu, avec lesquelles elle se met volontiers en scène.
Un temps pressentie comme possible colistière de Donald Trump en 2024, Kristi Noem avait vu fondre ses ambitions à cause de la polémique soulevée par une révélation contenue dans ses mémoires sur le point de paraître.
Elle y racontait avoir été contrainte d'abattre par balle sa jeune chienne, baptisée "Cricket", âgée d'un an et deux mois environ, en raison de son caractère "indomptable" et indiscipliné, provoquant un tollé dans une société américaine très attachée aux animaux de compagnie.
Kristi Noem expliquait vouloir ainsi montrer qu'elle était prête, en politique comme dans sa vie personnelle, à faire le nécessaire, même si c'est "moche" et "difficile".