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L'Assemblée adopte une résolution visant les Frères musulmans, lors d'une niche LR houleuse

Une Assemblée sous tension a adopté jeudi un texte appelant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, premier d'une journée réservée à LR, qui devra jouer contre la montre pour faire voter des propositions sur l'usage d'armes à feu par...

Le président du groupe Droite Républicaine à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, s'exprime le 31 octobre 2025 à l'Assemblée nationale à Paris © Alain JOCARD
Le président du groupe Droite Républicaine à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, s'exprime le 31 octobre 2025 à l'Assemblée nationale à Paris © Alain JOCARD

Une Assemblée sous tension a adopté jeudi un texte appelant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, premier d'une journée réservée à LR, qui devra jouer contre la montre pour faire voter des propositions sur l'usage d'armes à feu par les forces de l'ordre, ou le travail le 1er-Mai.

"C'est un texte qui permet de mettre une pression et enfin de sortir la France au fond d'un déni", s'est félicité après le vote Laurent Wauquiez, patron du groupe Droite républicaine (qui réunit les députés LR). Il a demandé au gouvernement de porter l'initiative à l'échelon européen.

Rien n'est moins sûr à ce stade : si le gouvernement a dit partager "l'objectif" d'agir "contre la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste", la ministre de la Francophonie Éléonore Caroit n'a pas soutenu la résolution, non contraignante, estimant sa rédaction fragile juridiquement.

Le groupe a toutefois pu compter sur les voix du reste du camp gouvernemental et de l'alliance RN-UDR. 

Tirs policiers

Le texte appelle la Commission européenne à engager une procédure pour inscrire "la mouvance des Frères musulmans et de ses responsables sur la liste européenne des organisations terroristes", et demande à l'UE "une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans".

"Une diversion politicienne opportuniste, minable, qui risque d'alimenter la stigmatisation d'une partie de nos concitoyens", a rétorqué l'écologiste Dominique Voynet, qui comme toute la gauche a voté contre, lors de débats fortement tendus.

Laurent Jacobelli, député RN, a notamment fustigé l'opposition des Insoumis au texte : "les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, eh bien si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI", a-t-il lancé, suscitant de multiples réactions et demandes de sanctions à gauche. Le député Insoumis Pierre-Yves Cadalen, a souligné qu'il est lui-même homosexuel, a dénoncé un moment "grave" et s'est dit "profondément choqué".

En fin d'après-midi, les députés LR doivent défendre un autre texte clivant, pour "reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre" faisant usage de leur arme à feu.

Après une division de ses troupes en commission, le gouvernement doit proposer une nouvelle rédaction dans l'hémicycle. Écartant le terme de "légitime défense", elle prévoit que les agents de police nationale et les gendarmes ouvrant le feu "sont présumés avoir agi" dans le cadre des cas prévus par la loi.

"Il ne s'agit aucunement d'un +permis de tuer+", affirme-t-on dans l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, mais "d'une inversion de la charge de la preuve".

L'exécutif entend aussi assurer que les agents qui ne portent pas l'uniforme ou des insignes apparents puissent recourir à leur arme à feu pour prévenir plusieurs meurtres ou tentatives de meurtres rapprochés.

La gauche votera massivement contre.

En commission, Thomas Portes (LFI) s'était inquiété qu'on "abaisse le seuil d'ouverture du feu (et) qu'on banalise l'usage des armes" quand "les tirs policiers sont déjà trop nombreux et mortels".

Travail le 1er-Mai

Contraint par le temps (les débats s'arrêteront obligatoirement à minuit), le groupe entend aussi faire définitivement adopter un texte approuvé au Sénat à l'initiative du groupe centriste. Il vise à sécuriser le travail de salariés de certains commerces (fleuristes, boulangers...) ou d'établissements culturels, le 1er-Mai.

Environ 200 syndicalistes (CGT, Solidaires, FSU), travailleurs et députés se sont rassemblés jeudi matin près de l'Assemblée pour protester contre. "Les travailleurs et travailleuses ne sont pas à vendre", a martelé Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

Anticipant les critiques le rapporteur Thibault Bazin (LR) a défendu mercredi un texte "circonscrit", censé répondre notamment à des inquiétudes de boulangeries, qui s'étaient vues adresser des amendes pour avoir ouvert le 1er-Mai.

Les Républicains ont également inscrit dans leur "niche parlementaire" une entrave controversée au port du voile islamique par des mineures dans l'espace public. Le texte veut interdire aux parents d'"imposer" ou "autoriser" une fille mineure "à porter dans l'espace public une tenue destinée à dissimuler sa chevelure". 

En commission plusieurs parlementaires, y compris au camp gouvernemental, ont critiqué une rédaction qu'ils jugent inapplicable ou inconstitutionnelle.

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