En bref

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal rejoint Grasset, dans l'orbite de Bolloré

Le premier livre de Boualem Sansal depuis sa libération en Algérie fin 2025 paraîtra chez Grasset: l'écrivain franco-algérien a quitté son éditeur historique Gallimard pour rejoindre une des maisons du géant Hachette Livre, propriété du...
L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, à Strasbourg, le 26 janvier 2026 © ROMEO BOETZLE

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, à Strasbourg, le 26 janvier 2026 © ROMEO BOETZLE

Le premier livre de Boualem Sansal depuis sa libération en Algérie fin 2025 paraîtra chez Grasset: l'écrivain franco-algérien a quitté son éditeur historique Gallimard pour rejoindre une des maisons du géant Hachette Livre, propriété du groupe Louis Hachette contrôlé par Vincent Bolloré.

"C'est son choix. II voulait changer de vie professionnelle et a émis le souhait de quitter Gallimard", a déclaré vendredi à Paris le PDG de Hachette Livre Arnaud Lagardère, en dévoilant cette annonce choc dans le monde de l'édition. 

"Ce n'est pas un choix idéologique qu'on a fait, c'est un choix littéraire", a-t-il ajouté.

Libéré en novembre 2025 après un an de détention en Algérie, l'écrivain de 81 ans avait jusqu'à présent publié la plupart de ses romans chez Gallimard, qui avait réagi la veille avec "tristesse et déception" à l'annonce de son départ pour une maison d'édition encore inconnue.

Pendant plusieurs mois, Gallimard et le monde de l'édition s'étaient mobilisés pour obtenir la libération de M. Sansal, qui est intervenue le 12 novembre 2025 après une grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Elu à l'Académie française en janvier, Boualem Sansal, naturalisé français en 2024, avait été détenu pendant un an en Algérie pour certaines prises de position critiques sur son pays natal. Il y purgeait une condamnation à cinq ans de prison pour "atteinte à l'unité nationale" et avait été libéré aux termes d'intenses efforts diplomatiques.

"On est face à un homme qui a vécu probablement les pires choses qu'on puisse imaginer et qui donc vraiment a décidé de tirer un trait, si je puis dire, sur son passé", a estimé vendredi M. Lagardère, qui s'exprimait lors de la célébration à Paris du 200e anniversaire de Hachette Livre, numéro un français de l'édition dans l'orbite du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

"Nous-mêmes dans nos médias, que ce soit Europe 1, le JDD (...) on a énormément fait pour sa libération. Est-ce que ça a joué? Je ne sais pas, peut-être. En tout cas, je ne lui ai pas posé la question", a également avancé M. Lagardère, qui s'est défendu d'avoir voulu "débaucher" M. Sansal.

"Il avait une appétence pour Grasset. Jamais à aucun moment nous avons essayé de débaucher Boualem Sansal de sa maison historique", a-t-il affirmé, sans citer de date précise.

Légende

Fin novembre, peu après sa libération, Boualem Sansal avait indiqué à l'AFP ne pas vouloir écrire de livre sur son expérience derrière les barreaux mais plutôt sur la "légende" qui entourait sa propre personne.

"Dans la prison où j'étais, dans les autres prisons et dans la société, on ne m'appelait plus Boualem Sansal mais +La légende+. Celui qui a dénoncé le régime au point que ce régime est en train de s'effondrer", déclarait-il.

"Cela m'a paru un thème très intéressant parce que, partout dans le monde, les gens vivent sur des légendes (...) qui structurent sur le long terme les sociétés. Je rêve de pouvoir écrire un grand roman sur ça", avait-il ajouté.

Écrivain dissident admirateur de Camus et Orwell, polémiste révéré par les droites françaises, le romancier a par ailleurs limité ses critiques publiques contre le pouvoir algérien afin de ne pas nuire au sort du journaliste sportif Christophe Gleizes, écroué en Algérie depuis mai 2024 où il a été condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

Fin janvier, M. Sansal avait en revanche décrit sa joie d'être redevenu un homme libre.

"Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté, des petites choses. Je ne parle pas des grandes. Des petites choses. Des bons petits repas, des petits trucs. Vous n'imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs", avait-il déclaré en recevant la médaille de la ville à Strasbourg (est).