La destruction d'un mas médiéval sur un domaine dont le couple Sarkozy est actionnaire devant la justice
Un mas médiéval du XVe siècle entièrement réduit en "gravats": la justice s'est penchée jeudi sur la citation directe d'une association écologiste engagée contre un luxueux domaine des Alpilles, appartenant à...
Un mas médiéval du XVe siècle entièrement réduit en "gravats": la justice s'est penchée jeudi sur la citation directe d'une association écologiste engagée contre un luxueux domaine des Alpilles, appartenant à l'entrepreneur Stéphane Courbit associé au couple Sarkozy.
Devant le tribunal de Tarascon, la Ligue de défense des Alpilles vise la société Estoublon Holding, propriétaire du domaine d'Estoublon dans le massif des Alpilles, dans lequel sont associés l'entrepreneur et producteur télé Stéphane Courbit et l'ex-président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy.
En mai 2025, la justice avait déjà prononcé une amende de 150.000 euros dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) concernant la destruction de cette bâtisse remontant au XVe siècle à l'encontre d'une autre entité juridique, la société agricole du domaine d'Estoublon.
Avec 17 hectares de vigne et 120 hectares d'oliviers, ce domaine, qui se targue d'exister depuis 1489, propose des huiles d'olive "multimédaillées aux profils aromatiques exceptionnels" et met en avant sur son site Internet des offres d'oenotourisme.
Au sein d'une "des propriétés les plus exclusives de Provence", le château --privatisable-- offre 10 chambres.
Les faits examinés jeudi à Tarascon remontent à mai 2021. Sans attendre les permis nécessaires, des travaux de destruction sont menés au mas de Montredon, dans le périmètre d'un château classé monument historique, au coeur du domaine.
Quand, en juin, arrive le refus du maire, il ne reste plus rien de la bâtisse de 800 mètres carrés.
"On est sur un cas de démolition totale", indique Frédéric Aubanton, architecte des bâtiments de France (ABF), cité comme témoin.
Rayé de l'histoire
Un tel ouvrage, dont "les éléments majeurs, sculptés, ont été brisés en petits morceaux", ne peut pas être "remonté", a-t-il encore estimé.
A l'AFP il explique que ce mas datant du XVe siècle avait subi des altérations au XVIIe et au XVIIIe siècle.
C'était "un mas typique de ces petits fiefs seigneuriaux, avec des éléments de décors, des fenêtres à meneaux, un escalier à vis, une cheminée monumentale, au rez-de-chaussée de belles voûtes d'arêtes", dit-il.
A la barre, la représentante de la Ligue de défense des Alpilles, Annick Blanc, a fustigé le montant de la CRPC. "Le mas a été rayé de l'histoire et de la mémoire (...) payer 150.000 euros après avoir réduit un mas en poussière pourrait faire des émules", a-t-elle déploré.
Plaidant la relaxe, l'avocat du domaine d'Estoublon, Me Kyum Lee s'est insurgé de voir se rouvrir devant la justice une affaire déjà réglée, selon lui, qualifiant la procédure intentée "d'appel de la CRPC."
"Je ne vais pas remettre en cause le fait que le mas a été détruit", a-t-il reconnu.
Mais, a-t-il souligné, "la partie civile n'est pas contente de la peine convenue en CRPC. Elle se dit qu'il faut un nouveau procès pour pouvoir enfin obtenir, peu importe de qui, une peine bien supérieure."
La décision sera rendue le 30 avril. L'avocat de la ligue, Me Benoist Busson, a demandé 100.000 euros de dommages et intérêts solidairement à la Estoublon Holding, à Stéphane Courbit, à un ex-responsable du domaine et au cabinet d'architecture intervenu sur le chantier.
"Ils ont 800m2 qu'ils ont démoli qu'ils peuvent reconstruire, on estime que c'est un dossier à plusieurs millions d'euros", a-t-il dit à l'AFP.
En 2022, un reportage de Paris Match sur le domaine suivait Carla Bruni, qui "s'implique dans tous les processus créatifs" à Estoublon. Le magazine explique alors que l'entrepreneur Stéphane Courbit est associé au couple Sarkozy et à la famille Prats dans cette affaire. "Mon mari et moi sommes tombés amoureux d'Estoublon", raconte ainsi Mme Bruni-Sarkozy.
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