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Distribution

La lente progression du réemploi des emballages

Réutiliser une bouteille de verre plutôt que de la recycler. La logique semble imparable, mais peine à s’imposer, comme l’ont montré les Assises du réemploi de l’emballage, qui se tenaient à Lyon à la mi-novembre.


© Olivier RAZEMON pour DSI Sur le stand de Citeo, au salon Prod&Pack.
© Olivier RAZEMON pour DSI Sur le stand de Citeo, au salon Prod&Pack.

« Après l’éclatement de la guerre en Ukraine, nous nous sommes rapidement retrouvés en pénurie de verre ». Alexandre Mariat, directeur du marketing de Geyer-Lorina, une entreprise basée en Lorraine qui produit des boissons gazeuses, raconte la conversion de son employeur au réemploi des matériaux. « Nous ne pouvions plus mettre nos bouteilles en place chez les distributeurs. Or, nous en avions fabriqué des millions, il aurait suffi d’en récupérer une partie. C’est ainsi qu’est née l’idée de réemployer les contenants », poursuit-il.

Sur les 5,3 milliards de bouteilles de verre vendues en France en 2022, auxquelles s’ajoutent 1,9 milliard de pots alimentaires et 769 millions de flacons, seules moins de 2% sont réemployées. Le verre est en revanche massivement recyclé : 84% des bouteilles, jetées dans les bacs de tri, sont concassées, fondues à une température de 1 500 degrés pendant 24 heures, puis transformées en nouveaux contenants.

Réutiliser plutôt que de détruire pour refaire : le réemploi est l’un des volets de la logique vertueuse des « trois R », réduire, réemployer, recycler. Les 3 es Assises du réemploi de l’emballage se tenaient le 18 novembre à Lyon, en marge du salon professionnel Prod&Pack. Au cours de cette demi-journée de débats, il est apparu que, si le recyclage, porté par le tri des déchets, est plutôt bien installé en France, le réemploi demeure marginal. Ainsi, le taux de réutilisation des emballages ménagers ne dépasse pas 1,59% en 2024, contre 1,48% en 2023, alors que l’objectif était fixé à 6% cette année-là par la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) de 2020. « Ca augmente, mais pas assez rapidement », résume Sophie Nguyen Buu Cuong, directrice du réemploi chez Citeo, eco-organisme.

Sous l’effet des lois Agec et Climat et résilience (2021), le secteur se structure cependant. Plusieurs filières économiques proposent aux consommateurs des services de vrac, petits silos dont on actionne un levier, recharges qui permettent de réutiliser plusieurs fois le même flacon, fontaines distributrices de produits cosmétiques ou « seaux de chips », qui, au contraire des paquets composés de plastique et d’aluminium, peuvent se rapporter en magasin.

Les « dynamiques sectorielles », encouragées financièrement par Citeo, sont indispensables, comme le constate Alexandre Mariat. « Au départ, nous pensions pouvoir tout faire seuls. Mais nous avons vite compris que, économiquement comme écologiquement, cela n’avait aucun sens », raconte-t-il. Le réemploi des bouteilles de verre nécessite ainsi de mutualiser l’étape du lavage, une opération courante « jusque dans les années 1980 », témoigne le directeur du marketing de l’entreprise lorraine, mais tombée en désuétude.

Les consommateurs doivent être rassurés

Les emballages reconditionnés ne pâtissent pas des « a priori des consommateurs », affirme Sophie Nguyen Buu Cuong, même s’il faut les « rassurer, en faisant beaucoup de pédagogie ». Le secteur a imaginé un code, la couleur violet, apposée sur les paquets, aussi reconnaissable que le jaune des poubelles dédiées au tri. « Il faut du violet, inscrire sur l’emballage qu’on doit le rapporter au magasin, préciser le montant de la consigne », indique Fabrice Peltier, président de Go ! Réemploi, une coalition de cinq entreprises spécialisées. « L’offre doit être aussi attractive que l’usage unique », résume Alexandre Mariat.

Le secteur se heurte toutefois à plusieurs obstacles. « Aujourd’hui, en additionnant le coût du lavage, de la consigne et de la logistique inversée, la bouteille réemployée reste plus chère qu’une bouteille neuve », a calculé Alexandre Mariat. Directeur général de Bout’ à Bout’, entreprise spécialisée dans la consigne des contenants en verre, Yann Priou fait un autre calcul. « La France importe 40% des bouteilles en verre, notamment deTurquie ou de Chine », souligne-t-il. Or, le réemploi, « c’est 70% de CO2 en moins, moins de consommation d’eau ». Il n’empêche que pour Geyer-Lorina, l’effort coûte : « Nous pâtissons du fait d’être des pionniers », indique Alexandre Mariat.

Malgré ses vertus, le réemploi ne fait pas l’unanimité. Certains producteurs d’emballages y voient une concurrence. En témoigne « la bataille féroce » qui a précédé le règlement européen sur les déchets, finalement adopté en janvier 2025, souligne Célia Rennesson, directrice du réseau Vrac et réemploi, l’association professionnelle du secteur. En France, si les lois existent, elles restent parfois lettre morte. « Il faut les faire appliquer, avec des contrôles, des sanctions », plaide-t-elle. Avec succès : le 21 novembre, trois jours après les Assises du réemploi, un décret d’application de la loi Climat et résilience, qui impose aux grandes et moyennes surfaces 20% de produits sans emballage, a enfin été publié.