«Une charge supplémentaire insupportable». C’est ainsi que l’Union des entreprises de transport et logistique de France (TLF), dont les membres emploient 32% des salariés du secteur, a qualifié, le 22 septembre, la taxe de 25 euros sur la traversée des poids-lourds instaurée par la Collectivité européenne d’Alsace à partir du 1er janvier prochain. L’Alsace espère dissuader une partie du trafic des camions d’échapper ainsi à une taxe en Allemagne.
Début septembre, TLF manifestait par ailleurs sa «vive incompréhension», alors que plusieurs secteurs économiques bénéficiaient d’une aide à l’achat de carburant, mais pas le transport de marchandises. En juillet, l’organisation qualifiait de «mauvaise nouvelle» l’abandon par l’Etat du projet controversé de contournement autoroutier à l’est de Rouen. L’objectif de «zéro artificialisation nette» (ZAN), même écorné par des lois successives, ne trouve pas grâce aux yeux du lobby de la logistique, pas plus que le projet de loi sur le financement des transports, qui vise à reverser le produit des péages autoroutiers aux transports publics, ou la taxe sur les petits colis.
«C’est clair que nous sommes opposés à tout, et surtout ce qui nous taxe», reconnaît franchement Jean-Thomas Schmitt, président de TLF et du transporteur Heppner, une entreprise familiale basée à Strasbourg. Le secteur revendique 150 000 entreprises, pesant 10% du PIB français et 3,2 millions de salariés, même si le ministère de la Transition écologique n’en dénombre que 2,1 millions. A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les acteurs de la logistique font « entendre la voix du secteur, en portant nos valeurs», avance Olivier Poncelet, délégué général de l’organisation.
Un secteur «essentiel», mais «polluant»
Pour démontrer son caractère indispensable, TLF a commandé un sondage à Harris Interactive. 51% du millier de personnes interrogées affirment que le secteur est «important dans leur quotidien», davantage que l’hôtellerie (41%), et beaucoup moins que la santé (88%) ou l’assurance (69%). Une petite moitié des sondés admet avoir recours à la livraison, à domicile ou en point-relais, plusieurs fois par mois. Les principaux consommateurs de ce type de service sont à la fois les plus jeunes, les plus riches et les plus urbains. Si les sondés reconnaissent au secteur un rôle «essentiel» (93%), ils le considèrent aussi comme «polluant» (82%). Et pour cause, neuf tonnes-kilomètres sur dix sont acheminées par la route, contre seulement 9% par le ferroviaire et 2% par transport fluvial.
Les dirigeants de TLF brandissent l’avis des consommateurs, notamment les 62% qui «ne sont pas prêts à payer davantage pour un déplacement décarboné», une solution jugée «contre-productive» par Jean-Thomas Schmitt, tandis que 56% sont «opposés aux restrictions des véhicules thermiques en agglomération». Pour Jean-Daniel Lévy, directeur délégué d’Harris Interactive, «cela ne signifie pas que les Français ne sont pas préoccupés par l’environnement, mais qu’il faut distinguer le consommateur du citoyen».
Jean-Thomas Schmitt voit dans ces résultats un encouragement pour «alléger le fardeau réglementaire et fiscal sur nos entreprises». L’objectif de moindre artificialisation, issu de la Convention citoyenne pour le climat, est jugé comme «extrêmement contraignant», alors que la surface des entrepôts et plateformes logistiques ne cesse de progresser. Ces bâtiments, qui occupaient, en 2016, 73 millions de mètres carré, ont dépassé les 93 millions de m2 en 2024. Localement, les élus qui s’opposent à la construction d’un entrepôt géant, comme à Derval (Loire-Atlantique) ou Belin-Béliet (Gironde) seraient les victimes de «collectifs minoritaires et activistes qui font du bruit», tranche Jean-Thomas Schmitt.
Le secteur a rédigé un « manifesto à l’attention des candidats à la présidentielle» et compte s’appuyer sur les liens établis avec les parlementaires lors de la préparation des budgets successifs. Pour le projet de loi de Finances, discuté à partir du 12 octobre, TLF combattra «l’extension de la taxe sur les surfaces commerciales aux entrepôts logistiques», destinée à limiter la concurrence que les livraisons exercent sur les centres-villes. Le secteur veut continuer à se développer sans la moindre entrave.