En bref

Le sort incertain du jihadiste Sabri Essid, jugé par défaut à Paris pour le génocide des Yazidis

Présumé mort en Syrie, le jihadiste français Sabri Essid est jugé depuis lundi par défaut pour sa participation au génocide de la minorité religieuse des Yazidis. Mais entendue mercredi comme témoin au procès, son ancienne compagne a confié n'avoir "jamais...
Image prise le 10 mars 2015 à partir d'une vidéo qui aurait été publiée par le groupe État islamique (EI) via Al-Furqan Media, l'une des plateformes jihadistes utilisées par l'EI sur le web, montrant le jihadiste français Sabri Essid alors qu'il s'adresse à une caméra en français dans un lieu non divulgué © -

Image prise le 10 mars 2015 à partir d'une vidéo qui aurait été publiée par le groupe État islamique (EI) via Al-Furqan Media, l'une des plateformes jihadistes utilisées par l'EI sur le web, montrant le jihadiste français Sabri Essid alors qu'il s'adresse à une caméra en français dans un lieu non divulgué © -

Présumé mort en Syrie, le jihadiste français Sabri Essid est jugé depuis lundi par défaut pour sa participation au génocide de la minorité religieuse des Yazidis. Mais entendue mercredi comme témoin au procès, son ancienne compagne a confié n'avoir "jamais cru" au décès de celui qu'elle qualifie de "monstre".

Rapatriée d'un camp en Syrie en juillet 2022, Samia (prénom modifié) est depuis son retour en France en détention provisoire, comme de nombreuses autres revenantes. C'est donc en visioconférence, depuis sa prison, qu'elle s'exprime devant la cour d'assises de Paris.

Sabri Essid, une figure centrale du jihadisme proche notamment des frères Clain - les voix de la revendication des attentats du 13-Novembre 2015 -, est accusé d'avoir participé à la "politique d'asservissement" des Yazidis, en achetant plusieurs captives de cette communauté sur des marchés et en les soumettant à de l'esclavage sexuel. 

Dans ce dossier, Samia a bénéficié d'un non-lieu et n'est donc pas soupçonnée d'avoir été une complice de ces crimes.

"Je n'ai jamais cru à sa mort", déclare cette femme aujourd'hui âgée de 39 ans, qui a épousé religieusement en France le jihadiste en janvier 2012, un mariage organisé par son frère pour la "remettre dans le droit chemin". 

A l'époque, elle a déjà un fils de neuf ans, né alors qu'elle n'avait que 15 ans. Aussitôt, son époux la coupe du monde, lui interdisant télévision, musique, amis et sorties, le tout dans un quotidien émaillé de violences. Avec son fils aussi, Sabri Essid est "dur", se souvient-elle.

Le couple a trois enfants. 

En février 2014, le jihadiste quitte la France pour rejoindre les rangs du groupe Etat islamique (EI) en Syrie. Elle le rejoint un mois plus tard avec ses enfants, sous la contrainte selon elle.

Inhumain

Là-bas, elle doit souvent changer de ville. Son époux, devenu membre de l'Amni, le service de renseignement de l'EI, est rarement à la maison. Quand il passe, il lui impose des relations sexuelles "violentes et brutales".

Avait-elle connaissance de l'esclavage des Yazidies par l'EI? lui demande le président de la cour. Elle acquiesce. "Quelques mois après mon arrivée, ils l’ont rendu public". Mais "je n'imaginais pas qu’il (Sabri Essid, ndlr) participait à ça", ajoute-t-elle.

Selon les investigations, il détenait ses esclaves dans une maison appartenant à l'EI.

"Je ne voulais pas y croire au début, je savais que c'était un monstre, parce qu'il avait été horrible avec moi et mon fils, mais je ne l'imaginais pas inhumain à ce point là, jusqu'à ce que mon avocat me dise qu’il y avait des preuves, des témoignages", raconte-t-elle. 

Début 2015, Sabri Essid prend avec lui le premier fils de Samia pour la journée. Lorsque le garçon, alors âgé de 12 ans, rentre le soir à la maison, il "n'arrive pas à parler, a le regard dans le vide".

Il finit par confier à sa mère que son beau-père l'a forcé à exécuter un jeune otage, le tout en étant filmé pour une vidéo de propagande.

Le 3 février 2018, Sabri Essid annonce à Samia, de manière très "froide", que son fils est mort. Et le lendemain, c'est le jihadiste lui-même qui disparaît.

"Quand il a disparu, on nous a sorti plusieurs histoires différentes", relate Samia. "D’abord qu’il avait marché sur une mine, puis qu’il aurait peut-être été bombardé, ensuite qu’il aurait été enlevé par le Mossad" ou encore tué par un groupe de renégats. Mais "personne n'a vu son corps". 

Aurait-il pu organiser sa disparition?, demande le président, qui indique que selon une source, Sabri Essid se trouverait en Turquie. "C'est fortement possible", estime-t-elle. Quelques temps avant sa disparition, son époux lui aurait dit que son émir lui avait parlé de le sortir du pays avec son beau-fils, "pour attendre le renouveau de l'EI ou préparer des attentats à l’étranger", confie-t-elle.

"Je ne saurai ja-mais, ja-mais", sanglote-t-elle, en parlant de la disparition de son fils. "Je ne peux même pas espérer qu'il soit vivant parce que s'il l'est, il est avec Essid depuis huit ans, ça veut dire que c'est un monstre aujourd'hui. Et ce n'était pas un monstre, c'était mon petit garçon".

edy/cal/dch