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Le succès de Ciotti à Nice relance le débat sur "l'union des droites"

Le laboratoire de "l'union des droites" a rendu son verdict à Nice: l'ex-patron de LR Éric Ciotti a réussi son coup en faisant tomber les digues avec le RN, relançant le débat sur une alliance entre l'extrême droite...
 © Boris Bozino

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Le laboratoire de "l'union des droites" a rendu son verdict à Nice: l'ex-patron de LR Éric Ciotti a réussi son coup en faisant tomber les digues avec le RN, relançant le débat sur une alliance entre l'extrême droite et son ancienne famille politique qui la rejette.

Conspué, ostracisé et moqué par LR il y a deux ans lorsqu'il a provoqué un séisme à droite en s'alliant au RN, Éric Ciotti est parvenu à déloger son frère ennemi Christian Estrosi de la mairie de la cinquième ville de France, tandis que LR et le RN n'en ont pas fait autant séparément à Paris, Lyon ou Marseille. 

"Cette victoire valide la stratégie entreprise en 2024 d'agglomération des forces et des électorats de droite", affirme l'entourage du député des Alpes-Maritimes qui a créé l'Union des droites pour la République (UDR) après sa sortie rocambolesque de LR dans la foulée de la dissolution de 2024. 

Il est vrai que dans cette salade... niçoise, LR a beaucoup de mal à y retrouver les siens: plusieurs de ses membres ont rejoint les rangs d’Éric Ciotti, à l'image du président du département des Alpes-Maritimes, Charles-Ange Ginesy ou l'eurodéputé Christophe Gomart. 

Un désarroi amplifié par les refus du patron du parti Bruno Retailleau et de son bras droit François-Xavier Bellamy à soutenir dans la dernière ligne le sortant Christian Estrosi, vice-président d'Horizons, malgré l'accord passé avec le parti d’Édouard Philippe.

Chez Éric Ciotti, on voit plus loin que Nice et on attribue à la stratégie de l'UDR la victoire dans des villes comme Vierzon ou Montauban, qui s'ajoute au succès, en février face à LR, lors d'une législative partielle en Haute-Savoie.

À peine élu, le nouveau maire de Nice a d'ailleurs clamé haut et fort que "la vocation de l'UDR était de remplacer LR" présenté comme "une succursale d'Emmanuel Macron", en allusion à la présence de plusieurs ministres issus de ses rangs dans le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Tenue de camouflage

Autant dire que ce message ne passe pas chez les Républicains, dont les dirigeants continuent de présenter l'UDR comme une "tenue de camouflage" ou un "sas" qui permet aux électeurs de droite de soutenir le Rassemblement national sans voter directement pour lui.  

Et certains minimisent. "Il y a certes eu une monté en puissance aux municipales du RN qui a gagné plusieurs villes moyennes, mais pas de l'UDR", relève une source parlementaire qui se borne à présenter le succès d’Éric Ciotti comme "une aventure personnelle" sans répercussion réelle au-delà de Nice.

La droite, qui a refusé la main tendue de Jordan Bardella pendant l'entre-deux-tours, peut opposer à Éric Ciotti ses victoires acquises dans plusieurs villes où elle a parfois attiré des électeurs du RN pour faire barrage à la gauche alliée à LFI, comme à Clermont-Ferrand, Besançon ou Limoges.

De quoi conforter Bruno Retailleau, qui s'est lancé début février dans la course à l’Élysée, dans son ambition de renouer avec un électorat de droite qui a déserté son parti pour grossir les rangs des "démagogues" du Rassemblement national. 

Un positionnement très droitier, qui ne convainc pas tout le monde au sein d'un parti qui revendique certes la victoire dans plus de la moitié des villes de plus de 9.000 habitants, mais qui reste très dispersé avant la présidentielle de 2027.

"J'ai du mal à imaginer qu'un électeur d'un parti qui est aujourd'hui donné à 35% dans les sondages soit prêt à faire machine-arrière pour un parti qui atteint difficilement la barre des 10%", souligne la source parlementaire. 

Pour beaucoup de ténors de LR, la solution ne passe pas par l'alliance avec le RN, mais par une primaire ouverte de la droite et du centre pour désigner un candidat unique qui serait en mesure d'affronter au second tour de la présidentielle le Rassemblement national.

C'est le message réitéré après les municipales par Valérie Pécresse, Michel Barnier ou encore Laurent Wauquiez, qui plaide pour un périmètre qui irait du macroniste Gérald Darmanin à Sarah Knafo, du parti d'extrême droite Reconquête.  

C'est aussi l'idée défendue par le maire de Cannes David Lisnard, réélu au premier tour avec 81% des voix, et qui a appelé Éric Ciotti à "sortir de son alliance avec le RN et à rejoindre la droite indépendante".

arz/sde/abl