À Dijon, l’archéologie préventive renouvelle en profondeur la connaissance du passé gaulois de la ville. Longtemps considérée comme un site secondaire, l’ancienne Divio apparaît désormais comme une agglomération structurée et dynamique durant l’âge du Fer, entre le VIIIe siècle avant Jésus-Christ et la conquête de la Gaule par Jules César. «Au vu du nombre et de la qualité des découvertes, on peut désormais affirmer que Dijon a été une agglomération gauloise significative», souligne Laurent Vaxelaire, directeur régional de l’Inrap.
Cinq sépultures en position assise
Les fouilles récentes menées rues Turgot et Maret livrent des indices spectaculaires. Sur le site d’une école, cinq sépultures en position assise ont été mises au jour, une pratique funéraire extrêmement rare à l’échelle européenne, connue à travers moins d’une dizaine d’exemples. «Les squelettes sont dans des tombes circulaires […] en position assise, dos à l’est, regard à l’ouest», décrit Hervé Laganier, archéologue. Datées du second âge du Fer (entre –400 et –200), ces inhumations interrogent encore les chercheurs quant à leur signification sociale ou rituelle. Elles s’ajoutent à d’autres ensembles funéraires voisins, dont une nécropole d’enfants en bas âge et des sépultures animales, interprétées comme des pratiques sacrificielles.
Au-delà de ces découvertes singulières, les fouilles confirment surtout la diversité des occupations autour de Dijon. À la Peute Combe, un village d’artisans daté de la fin du premier âge du Fer a révélé maisons, fours de bronziers et objets issus d’échanges à longue distance, jusqu’à la Méditerranée. «On y a retrouvé du verre d’Égypte et des amphores […] ce village n’était pas autonome», explique Régis Labeaune, archéologue. À Saint-Apollinaire, des habitats ruraux plus anciens témoignent d’une occupation agricole structurée dès –700.
Un véritable carrefour
Cette accumulation de données dessine désormais un territoire complet, combinant habitats groupés, exploitations agricoles, zones artisanales et espaces funéraires. Une densité qui s’explique par la position stratégique de la Bourgogne dans les échanges européens. «C’était un point de rencontre entre mondes celtiques et méditerranéens», rappelle Dominique Garcia, président de l’Inrap, évoquant un carrefour où circulaient métaux, produits manufacturés et influences culturelles.
À la faveur des grands chantiers d’aménagement, c’est donc une histoire plus complexe et structurée qui émerge. Loin d’un simple habitat diffus, Divio apparaît comme un pôle organisé, inséré dans des réseaux économiques et culturels étendus. Les sépultures en position assise, par leur rareté, illustrent à elles seules le potentiel scientifique encore largement ouvert. Autour de Dijon, la Gaule n’est plus une abstraction : elle prend désormais corps dans un paysage habité, hiérarchisé et profondément connecté.
Pour Aletheia Press, Arnaud Morel