Les Français et le numérique : état des lieux et tendances
L’Insee a publié en 2025 une nouvelle édition de son étude sur l’économie et la société françaises à l’ère du numérique. Retour sur les principaux résultats et tendances.
« On observe une généralisation de l’accès à Internet – 82% de la population française de 15 ans ou plus se connecte facilement à Internet – mais il y a toujours des disparités en termes de compétences – 46% de la population n’est pas à l’aise avec les outils numériques, qu’il s’agisse de personnes en situation d’illectronisme ou ayant des difficultés à utiliser ces outils », a expliqué Maxime Jouvenceau, docteur en sociologie et rédacteur en chef à l’Insee, lors de la présentation à la presse de l’édition 2025 de l’ouvrage « économie et société à l’ère du numérique », en octobre dernier.
Des compétences inégales selon l’âge et la catégorie socioprofessionnelle
Cet écart en termes de compétences numériques se retrouve tout d’abord en fonction de l’âge. 31% des personnes âgées de 60 à 74 ans renoncent à faire des démarches administratives en ligne (soit près d’une sur trois), et les 74 ans et plus rencontrent deux fois plus de difficultés avec le numérique que les trentenaires. On retrouve aussi cet écart de compétences en fonction des catégories socioprofessionnelles. La part des employés ou ouvriers rencontrant des difficultés est en effet beaucoup plus importante que chez les cadres, y compris au sein des jeunes générations.
« Il y a une corrélation entre la fréquence de consultation des réseaux sociaux et les syndromes dépressifs »
En ce qui concerne l’exposition au numérique dans la vie personnelle, si « les réseaux sociaux et Internet en général permettent d’avoir des socialisations complémentaires par rapport aux socialisations traditionnelles », cela a aussi « des effets négatifs », a poursuivi le représentant de l’Insee. Ainsi, on observe « une corrélation entre la fréquence de
consultation des réseaux sociaux et les syndromes dépressifs ». À noter : il s’agit d’une corrélation et non d’un lien de causalité. « Ce n’est pas forcément la consultation des réseaux qui rend dépressif, mais on observe que chez les jeunes femmes qui consultent plusieurs fois par heure les réseaux sociaux, une sur quatre présentent des syndromes dépressifs. »
28% des collégiens et 23% des lycéens se sont déclarés victimes de cyberviolences
Tout un dossier de l’étude est consacré à une autre facette des effets négatifs du développement du numérique : les cyberviolences dans les établissements scolaires et dans la société en France. L’Insee s’appuie à la fois sur les faits portés à la connaissance des services de police et de gendarmerie et sur les résultats d’enquêtes menées auprès de la population en général et de mineurs scolarisés.
En 2022, 3,2% de la population majeure s’est déclarée victime de cyberviolences, dont la moitié a fait état des dommages psychologiques importants. Les femmes se disent davantage victimes de ces atteintes que les hommes, et les plus jeunes que les plus âgés. Cette même année, 28% des collégiens et 23% des lycéens se sont déclarés victimes de cyberviolences, dont plus de filles que de garçons. Ces actes sont le plus souvent commis par d’autres élèves.
Fort développement des outils numérique dans les entreprises françaises
Tout un pan de l’étude concerne l’économie numérique en France. Il en ressort que les entreprises ayant une activité majoritairement numérique représentent une valeur ajoutée de 143 milliards d’euros dans l’économie française (soit 10% de la valeur ajoutée de l’ensemble des entreprises du secteur marchand), et 8% de l’emploi. La structure de l’emploi dans les métiers du numérique est très différente de celle des autres métiers : on recense 70% de cadres (contre 20% dans les autres métiers) et un salarié sur quatre est une femme ( vs un salarié sur deux dans les autres métiers).
En termes de tendances, l’étude fait état d’un fort développement de l’ensemble des outils numériques (sites web, médias sociaux, etc.) dans les entreprises françaises, et de l’intelligence artificielle sur les deux dernières années. Ce mouvement ne concerne pas que les entreprises des secteurs techniques ou de l’information-communication mais l’ensemble des secteurs. C’est le cas, par exemple, dans le domaine de la santé (téléconsultation, prise de rendez-vous en ligne…) ou de l’agriculture (recours à des logiciels spécialisés, des robots ou des automates…).
Chaque ménage français a dépensé, en moyenne, 1 800 € sur des plateformes numériques étrangères, en 2022
En ce qui concerne le commerce numérique avec l’étranger, les ménages français ont réalisé 1 milliard de transactions en ligne vers l’étranger en 2022, pour un montant de 54 milliards d’euros, soit environ 3,9% de la consommation totale des ménages cette année-là. Ils ont dépensé, en moyenne, 1 800 euros sur des plateformes numériques étrangères. Les services physiques (réservations de séjours ou de courses de taxi, par exemple) constituent le plus gros poste d’achat, devant les biens (vêtements, matériels…), les services numériques (abonnements à des plateformes de chaînes de télévision, de musique…) et les services financiers (banque en ligne…).
97% de l’empreinte carbone d’un smartphone provient de sa fabrication
Un autre volet de l’étude est consacré aux conséquences du développement du numérique sur l’environnement. Il pointe notamment la fréquence de renouvellement des smartphones : 83% des Français disposent d’un smartphone, dont deux sur cinq datent de deux ans ou moins. Or, 97% de l’empreinte carbone d’un smartphone provient de sa fabrication. « Il y a beaucoup de débat autour de la consommation d’électricité des centres de données, mais pour les plus petits outils, il y a aussi un fort enjeu en termes de de fabrication », a relevé l’économiste de l’Insee.