L'optimisme est affaire de volonté. Le 13 janvier, lors d'une conférence de presse en ligne, Bpifrance le Lab, laboratoire d'études de la banque publique d'investissement, présentait son 82 ème baromètre semestriel de conjoncture auprès des TPE/PME. En synthèse, selon leurs dirigeants « l'année 2025 n'a pas été une bonne année, ce qui contraste avec les données de l'Insee et la Banque de France », explique Philippe Mutricy, directeur des études chez Bpifrance le Lab. Témoin, le solde d'opinion relatif à l'évolution du chiffre d'affaires : il s'est établi à -11, un niveau historiquement bas. 36 % des dirigeants déclarent une baisse de l’activité en 2025, contre 25 % une hausse. L'ensemble des indicateurs suivent cette tendance , à commencer par les carnets de commandes peu garnis. « Ce manque de débouchés pèse sur l'activité », commente Laëtitia Morin, responsable des études économiques chez Bpifrance le Lab. Et « il existe des disparités selon les secteurs, mais cette dégradation de la situation s'observe dans tous les grands secteurs », poursuit l'experte. Par exemple, l'indicateur d'activité ne recule que légèrement dans l'industrie et le commerce, mais ces deux secteurs partaient d'un niveau très bas. En revanche, il diminue de 6 à 8 points dans les services et le transport, pour s'établir très en dessous de sa moyenne historique. La construction est la plus touchée, avec la plus forte baisse de l'indicateur d'activité : -10 points sur un an.
« Ce contexte a des conséquences sur la trésorerie et l'investissement », note Baptiste Thornary, responsable des études économiques et de la conjoncture chez Bpifrance le Lab. Sans être dans la « zone rouge », selon l'expert, l'ensemble des paramètres financiers s'est dégradé. L'indicateur sur le niveau de trésorerie (-17) s'inscrit trois points sous sa moyenne de long terme (−14 entre 2000 et 2024). Et la part de TPE-PME jugeant leur trésorerie difficile augmente. L'indicateur sur la rentabilité des entreprises aussi s'est dégradé pour arriver à -10, très en deçà de sa moyenne de long terme (−2).
Autre constat, en raison de la demande poussive, du coût du crédit et du contexte politique incertain, la proportion de TPE-PME déclarant investir atteint un niveau historiquement bas : 39 % d’entre elles ont réalisé des investissements en 2025, après 43 % en 2024 et 55 % en moyenne depuis 2001. Un type d'investissement, en particulier, est en baisse : les investissements verts sont retournés à un niveau pré-Covid, après un pic enregistré en 2021 et 2022.
« Timide embellie »
Pour 2026, les dirigeants de PME et TPE s'attendent à une « timide embellie », synthétise Philippe Mutricy. Fin 2025, ils sont plus nombreux à prévoir une hausse de leur chiffre d’affaires en 2026 (25 %) qu’une baisse (20 %). L’indicateur prévisionnel d’activité rebondit de 7 points sur un an pour repasser en territoire positif ; après avoir reculé fortement durant trois ans. « La croissance resterait peu dynamique, ce qui est cohérent avec les perspectives de l'Insee et de la Banque de France », de l'ordre de 1%, tempère Sabrina El Kasmi, responsable du pôle conjoncture, macroéconomie chez Bpifrance le Lab. L’ensemble des secteurs devraient bénéficier d'une croissance de l'activité, industrie, commerce et transport, en tête. Seuls « deux sous-secteurs sont en plus mauvaise posture », pointe la responsable. Les travaux publics s'attendent à une nette dégradation de la situation, notamment en raison du cycle électoral, les élections municipales (en mars prochain) ouvrant traditionnellement une période maigre. Les services aux particuliers aussi anticipent une dégradation de leur situation.
Mais pour tous, l'optimisme reste mesuré et la prudence, de mise. Ainsi, l’indicateur prévisionnel d’emploi demeure stable (+5), un niveau inférieur à sa moyenne historique (+12). Par ailleurs, les TPE-PME ne prévoient pas d’amélioration franche de leur situation de trésorerie à court terme. Le solde d'opinion se redresse, mais demeure très inférieur à sa moyenne historique, tout comme celui de la rentabilité. Résultat, la part de TPE-PME prévoyant d’investir recule à nouveau. Fin 2025, 44 % des TPE-PME comptent investir en 2026, contre 47 % il y a un an, pour l’année 2025 et 52 % en moyenne depuis 2000. Le solde d’opinion sur l’évolution des montants investis se redresse en revanche, gagnant trois points sur un an, à +10. Il retrouve le niveau atteint il y a deux ans, mais reste encore inférieur à sa moyenne historique (+13). Outre des conditions de financement relativement défavorables, « il reste cette incertitude politique et budgétaire qui favorise l'attentisme », ajoute Sabrina El Kasmi. Dans ce panorama peu engageant, les PME et TPE industrielles sont celles qui s'attendent aux meilleures perspectives. Il s'agit du seul secteur où la part des entreprises prévoyant d'investir se maintient (+1/2 point, à 58 %) et à un niveau proche de sa moyenne historique (60 %).
Les PME se familiarisent avec l'IA générative
Le bond est spectaculaire. En 2025, 55% des dirigeants de PME/TPE déclarent recourir à l'IA générative au sein de leur entreprise, contre 15% deux ans plus tôt. Et 17% le font de manière régulière (+ 11 points, en un an). Sans surprise, les plus grosses entreprises sont nettement plus actives, néanmoins toutes les catégories ont progressé dans leur adoption de l'IA. Usages les plus courants : génération de contenu écrit, recherche et analyses de données, traduction. En miroir, la part des non-utilisateurs d'IA a fondu. Les deux tiers de cette population déclarent ne pas identifier d'usage à l'IA ou pensent manquer d'expertise. Seulement 10% prévoient de ne pas d'y recourir, craignant leur impact sur l'environnement ou la capacité de raisonnement de leurs salariés.