En bref

Loin de l'univers Jedi, le triste défilé à la barre des rescapés du clan Yoda

On les appelait les "Yoda", du nom du maître Jedi. Membres présumés d'un des plus puissants gangs marseillais de narcotrafic, défait par la DZ Mafia, ils ont défilé mardi à la barre du tribunal, se décrivant comme d'anciens petits...
Le chef présumé du gang "Yoda" Félix Bingui sur une photographie non datée non localisée obtenue le 18 mai 2026 © Handout

Le chef présumé du gang "Yoda" Félix Bingui sur une photographie non datée non localisée obtenue le 18 mai 2026 © Handout

On les appelait les "Yoda", du nom du maître Jedi. Membres présumés d'un des plus puissants gangs marseillais de narcotrafic, défait par la DZ Mafia, ils ont défilé mardi à la barre du tribunal, se décrivant comme d'anciens petits délinquants, avec pour même leitmotiv: "c'était pas moi".

Pourtant, selon l'enquête, ce clan, dont 20 rescapés comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille, a géré pendant plusieurs années l'un des points de deal les plus juteux des quartiers Nord, à la cité de la Paternelle.

Après l'interrogatoire de personnalité la veille du chef présumé du gang Félix Bingui, qui assure n'avoir "rien à faire" dans ce dossier, ses comparses présumés, la plupart trentenaires, se sont succédé à la barre répétant les mêmes dénégations, loin de leur flamboyance passée, entre Dubaï, Marbella ou Courchevel, selon les captations et écoutes réalisées entre 2021 et 2023 par les enquêteurs. 

La plupart gros consommateurs de stupéfiants, au casier judiciaire chargé, tous assurent avoir "changé" après des "erreurs de jeunesse", niant toute participation au trafic dont on les accuse.

Certains évoquent des erreurs de l'enquête, voire des confusions d'identité. 

A 32 ans, Mohamed Hussein Saleh, dit "Pirate", homme frêle au crâne rasé, barbiche et fine moustache, comparait libre, comme la plupart des coprévenus, placé sous contrôle judiciaire à l'issue d'une incarcération de plusieurs mois.

Au moment des faits, il bénéficiait selon les enquêteurs, tout comme Bingui, d'un statut de résident à Dubaï, dépensant d'importantes sommes d'argent dans des établissements de luxe, objets de valeur et voyages.

Aujourd'hui sans emploi, il vit du RSA, "hébergé" à Paris, et ce sont ses parents qui ont réglé une partie de son cautionnement à sa sortie de prison. 

Ses séjours à Dubaï entre 2021 et 2023 ? "J'y étais en vacances, ça m'a plu, je voulais y travailler comme serveur, mais je parlais pas anglais.... ", affirme Hussein Saleh, présenté par l'accusation comme le "bras droit" de Félix Bingui.

Mauvaises fréquentations

Imperturbable dans son box, ce dernier, très concentré, ne perd pas une miette des débats.

Avec quel argent ?, demande la présidente à celui qui n'avait alors aucun revenu connu, ayant interrompu un BEP carosserie à 18 ans. 

"J'avais un peu de moyens, j'avais gagné des paris", répond-il.

"Cette source de revenus-là est évoquée de manière récurrente dans le dossier", relève la présidente du tribunal, après que Félix Bingui avait lui aussi évoqué la veille des gains importants en paris sportifs.

Et ses 9 mentions au casier ? "J'étais jeune, j'avais de mauvaises fréquentations, c'était l'inconscience", tente Hussein Saleh, qui, jugé pour trafic en stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment en récidive, encourt, comme son ami Bingui, jusqu'à 20 ans de prison.

Marhez K. lui aussi rêvait de s'installer à Dubaï. Accusé d'association de malfaiteurs et blanchiment, il gérait une pizzeria, mais dit-il "avec tout ce qu'il se passait à Marseille, je voulais partir".

Il refuse de s'étendre, mais à l'époque le clan Yoda est engagé dans une guerre de territoires, qui fera des dizaines de morts et de blessés dans des règlements de comptes, jusqu'à ce que la DZ Mafia prenne le dessus, en 2023, poussant certains rescapés des Yoda à s'exiler à l'étranger.

"Vous manifestez des réticences. De quoi avez vous peur ?", lui demande la présidente du tribunal.

Comme plusieurs autres prévenus, dont certains arborent un masque chirurgical jusqu'à l'entrée dans la salle d'audience, Marhez K. s'exprime d'une voix à peine audible et rechigne à entrer dans les détails.

Au magistrat instructeur, Farid M., 30 ans, a confié avoir été "menacé" en prison. Pour quelles raisons ? "Pour tout et rien", répond-il laconique.

Alors la présidente du tribunal lui rappelle ses précédentes déclarations: "Vous avez dit en audition: +On m'a mis une étiquette, on m'a dit que j'étais un Yoda+".

Les interrogatoires consacrés aux faits doivent débuter mercredi et se poursuivre jusqu'au 29 mai pour une fin de procès prévue le 5 juin.