Des peines allant jusqu'à 18 ans de réclusion ont été requises mercredi contre six accusés d'un réseau de narcotrafiquants marseillais pour avoir "réduit en esclavage" deux mineurs dans le but, selon l'avocat général, "d'exercer une cruauté singulière parce que ça les amusait".
Les deux victimes, alors âgés de 16 ans et en fugue, avaient proposé leurs services, en janvier 2022, sur le point de deal de la cité Frais Vallon dans les quartiers nord de Marseille.
Ils étaient rapidement séquestrés et frappés à coups de pied, de poing, de bâtons et de barres de fer durant quatre jours. Obligés de danser nus devant les téléphones portables, l'un d'eux a avoué avoir subi une tentative de viol et un viol commis avec un bâton.
"Ils sont victimes et on ne peut rester indifférent à leur jeune âge, à la difficulté pour un adolescent d'avoir à révéler qu'il a été sodomisé", a estimé l'avocat général.
Il a détaillé les "méthodes d'asservissement" utilisées par les réseaux: "Pour se procurer une main d'œuvre qui ne coûte strictement rien, on leur invente un carottage dans le produit ou un trou imaginaire dans la comptabilité afin de les faire travailler gratuitement".
Les six accusés avaient été identifiés sur des planches photographiques présentées à Kevin (prénom modifié), la victime la plus rudement atteinte, puis lors de parades d'identification.
"Quand on passe plusieurs jours avec des gens qui ne sont pas cagoulés, cela imprime la mémoire et (Kevin) qui ne les connaît pas ne se trompe pas", a ajouté l'avocat général.
Salle de tortures
Younes (pseudonyme de la deuxième victime) a, lui, expliqué ne pas avoir participé à l'enquête par "peur des représailles."
"C'est tous les mêmes, c'est tous des barbares, ils m'ont frappé dans tous les sens", a-t-il déclaré en visioconférence, ne souhaitant pas voir le visage des accusés.
Dans son réquisitoire, l'avocat général a observé que "la hiérarchie des responsabilités dans les faits correspond à la hiérarchie dans le trafic de drogue".
Il a placé en haut de la pyramide deux frères âgés de 24 et 25 ans, considérés comme les gérants du point de deal, pour qui il a requis 18 ans de réclusion.
Kevin avait désigné le plus jeune comme "celui qui est au-dessus des autres", l'avocat général ajoutant qu'il détenait aussi la clé d'une cave, le repaire de l'équipe, "véritable salle de tortures."
L'aîné répondant au surnom du "Fou" est celui que la victime a désigné lors de son audition comme celui qui "tenait le bâton", lors des deux scènes de viol.
Des photos de jeunes hommes prises dans cette cave, visiblement mal en point, avaient été retrouvés dans un de leurs téléphones, laissant penser que d'autres dealers ont subi des sorts similaires.
Une condamnation à 16 ans de réclusion a été requise contre deux autres accusés, l'un surnommé "Souris" et l'autre désigné comme "le plus violent après Le Fou".
Coups de pied
"Souris", qui s'est présenté comme un coursier du réseau et que l'avocat général a baptisé "le cinéaste" car il filmait les violences, a été le seul à reconnaître "deux, trois coups de pied" donnés "sous la contrainte des autres".
Il affirmait n'avoir surveillé les deux jeunes fugueurs que "pour qu'ils ne se suicident pas".
Décrit comme un "accompagnateur-geôlier", une peine de 15 ans de réclusion criminelle a été réclamée contre un accusé se disant guetteur depuis un mois.
Aujourd'hui âgé de 22 ans, celui-ci avait confessé "peut-être un coup de pied mais surtout les avoir bloqués" lorsque les deux mineurs, redoutant d'être tués et brûlés, s'étaient jetés du 3e étage d'une tour.
Kevin s'était fracturé une jambe dans la chute.
Un seul des six accusés comparaissait libre. Il a expliqué que Kevin se trompe lorsqu'il l'identifie comme "Le Barbu", celui qui lui avait mis des coups de pied dans la cave juste avant qu'il ne soit abandonné inconscient à un rond-point.
"Il me confond avec quelqu'un, je sais qui c'est, il est sur les planches photographiques mais je veux sauver ma peau, j'ai deux petits frères et je veux continuer ma vie".
Il n'en dira pas plus.
L'avocat général a requis contre lui 8 à 10 ans de prison. Le verdict de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône est attendu jeudi.