Pouvez-vous nous présenter votre parcours et comment il façonne aujourd’hui la stratégie de Maisons & Cités ?
J’ai un parcours de 30 ans dans l’aménagement qui s’est construit en trois grandes périodes. La première est celle de la maîtrise d’ouvrage, avec beaucoup de construction et de réhabilitation de logements, mais aussi de gros équipements publics hospitaliers, médico-sociaux ou culturels. J’intervenais en Picardie et en Champagne-Ardenne et cela m’a donné une culture opérationnelle du bâtiment, du chantier, du coût et de la qualité d’usage, mais aussi une capacité à dialoguer avec l’ensemble des acteurs publics qui est aujourd’hui déterminante dans les grands projets territoriaux.
La deuxième période, pendant une dizaine d’années, a été celle de l’économie mixte et de l’aménagement du territoire en tant que directeur de sociétés d’économie mixte et animateur d’un réseau d’une quarantaine de structures dans le quart nord-est de la France. Là, on travaille sur le développement urbain, la redynamisation des villes, les projets de territoire, la manière dont le bâti, l’économie et la vie sociale s’articulent, il faut avoir une vision globale des dynamiques locales.
Enfin, depuis un peu plus de dix ans, je suis dans le logement, d’abord au sein de la filiale immobilière de la Caisse des Dépôts, puis chez Maisons & Cités depuis 2018, comme directeur général délégué puis directeur général depuis 2021. Je suis ingénieur, natif d’Arras, et tout cela fait que je regarde toujours un bailleur comme un acteur d’aménagement du territoire avant de le voir comme un simple gestionnaire de logements.
Quelles sont les spécificités de Maisons & Cités et comment structurent-elles votre stratégie ?
Maisons & Cités est un bailleur atypique. Nous avons 65 000 logements, ce qui fait de nous le premier bailleur des Hauts-de-France, mais surtout plus de 95% de ce patrimoine est du patrimoine individuel. Cela veut dire que nous sommes l’un des plus grands propriétaires de maisons en France, ce qui est très rare pour un bailleur social, et qui nous confère également une responsabilité.
"Nous livrons entre 3 300 et 3 500 logements réhabilités chaque année"
Cela crée un impact très fort sur le territoire, car ce patrimoine est horizontal, étalé, et dans certaines communes nous détenons 60 à 70% du parc de logements. Nous logeons environ 150 000 personnes, soit plus de 15% de la population du bassin minier, de Valenciennes à Béthune, en passant par Douai, Lens, Liévin et jusqu’à la communauté urbaine d’Arras.
Avec une telle emprise foncière, nous avons forcément un rôle particulier dans l’aménagement du territoire. C’est ce qui structure notre feuille de route autour de trois lignes directrices très claires : la réhabilitation de notre patrimoine, avec un enjeu de pouvoir d’achat et de cadre de vie ; la construction de logements, pour renouveler et adapter notre offre ; et l’accompagnement de nos clients, qui est au cœur de notre action, en lien étroit avec les collectivités locales.
Comment se traduit concrètement votre premier axe stratégique, à savoir la réhabilitation massive du patrimoine ?
L’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier a été conçu pour produire un effet d’accélération et de massification. Avant 2018, nous réhabilitions environ 700 logements par an. L’objectif était d’atteindre 2 000, depuis trois ans nous livrons entre 3 300 et 3 500 logements réhabilités chaque année. Concrètement, cela signifie que toutes les heures d’un jour ouvré, deux familles entrent dans un logement rénové, passé d’une étiquette énergétique E, F ou G à une étiquette C. Derrière, il y a un impact majeur sur le pouvoir d’achat, sur la facture de chauffage, et donc sur la lutte contre la précarité énergétique.
Mais on ne fait pas que de la rénovation thermique, nous profitons de ces opérations pour restructurer les logements miniers, historiquement très cloisonnés. On ouvre les espaces, on apporte de la lumière, on améliore la ventilation, on retravaille l’articulation des pièces et on redonne un vrai accès aux jardins qui sont un atout majeur avec des parcelles pouvant aller de 200 à 800 m2. Nous allons bien au-delà de la simple rénovation puisque nous traitons l’ensemble des enjeux de l’habitat pour redonner de la qualité de vie et de l’attractivité, tout en soutenant l’emploi local grâce à des clauses d’insertion représentant chaque année plusieurs centaines de milliers d’heures de travail.
Un mot sur la construction neuve et la proximité client, deux axes qui viennent compléter la stratégie de Maisons & Cités…
Sur la construction, depuis 2018 nous livrons entre 500 et 700 logements par an, sur le bassin minier mais aussi sur des territoires limitrophes comme le sud de la métropole de Lille ou la communauté urbaine d’Arras, où nous avons produit environ 800 logements. Cela nous permet de proposer des produits différents de notre patrimoine historique, composé surtout de T3, T4 et T5, et d’accompagner les évolutions sociologiques comme la décohabitation ou le vieillissement de la population.
Dans le neuf, nous développons davantage de T1 et T2, souvent en petits collectifs avec ascenseur, pour répondre aussi bien aux jeunes qu’aux seniors et favoriser le parcours résidentiel. Nous sommes aussi engagés dans Action Cœur de Ville, à Lens, Liévin, Valenciennes, Arras, Béthune ou Douai, et nous avons créé avec la Banque des Territoires la foncière Fonçalia, qui permet de traiter à la fois les commerces et les logements dans les centres-villes, afin de les redynamiser.
Sur l’accompagnement, nous faisons évoluer en profondeur notre organisation à partir de 2026 avec la mise place d’un interlocuteur unique, le conseiller de proximité, qui accompagne le locataire de la recherche du logement jusqu’à sa sortie et qui passe au moins la moitié de son temps sur le terrain. Nous avons aussi créé une direction de l’innovation sociale et des partenariats pour structurer les politiques en faveur des seniors, des victimes de violences intrafamiliales ou des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance.
Quelle est votre vision à long terme et le niveau d’investissement engagé par Maisons & Cités ?
Depuis 2018, nous avons déjà investi plus de 2 milliards d’euros sur le territoire et nous serons à 3 milliards d’euros début 2030. C’est considérable, mais c’est à la hauteur des enjeux !
Notre stratégie est claire : offrir des logements performants et confortables, construire pour apporter une offre nouvelle adaptée aux besoins et accompagner nos habitants au-delà du simple toit. Nous voulons être un véritable partenaire des collectivités sur la construction, la réhabilitation, l’aménagement urbain, mais aussi sur la santé, l’alimentation, la mobilité, l’insertion et le développement social. C’est cela, notre vision du bailleur social aujourd’hui.
En chiffres
- 65 000 logements, dont 95% de maisons individuelles
- 150 000 habitants logés, soit 15% de la population du bassin minier
- 3 300 à 3 500 logements réhabilités chaque année
- 500 à 700 logements neufs livrés par an
- 3 milliards d’euros investis sur le territoire d’ici 2030