La gauche a conservé Paris, Marseille et Lyon dimanche au second tour des élections municipales, qui ont toutefois signé l'échec général des alliances controversées entre LFI et les socialistes, tandis que le RN enregistre une vague de victoires dans les villes moyennes.
Dès l'annonce des résultats, également marqués par une moisson pour la droite et l'implantation de La France insoumise dans les périphéries des grandes villes, les yeux se sont tournés vers l'élection présidentielle prévue dans treize mois, dont la campagne va maintenant connaître une nette accélération.
Prenant la parole en premier juste après 20H00, Edouard Philippe, candidat déclaré à l'Elysée conforté par sa réélection au Havre, a vu "des raisons d'espérer quand tous ceux de bonne volonté se rassemblent dans un discours de vérité et qu'ils écartent les extrêmes et leur facilité".
"Il est possible de gagner dans la clarté", a aussi estimé le probable candidat de centre-gauche Raphaël Glucksmann.
A gauche, le Parti socialiste et les écologistes devront tirer les leçons de la défaite de la plupart des fusions d'entre-deux-tours avec La France insoumise.
D'autant qu'à Paris et Marseille, où il n'y a pas eu de telles alliances, la gauche hors Insoumis gagne nettement des batailles qui s'annonçaient plus serrées.
Dati largement battue
Le socialiste Emmanuel Grégoire balaie l'ex-ministre de droite Rachida Dati, soutenue par Emmanuel Macron, pour succéder à Anne Hidalgo dans la capitale. Et dans la cité phocéenne, le sortant Benoît Payan bat largement le député Rassemblement national Franck Allisio.
Ailleurs, de Toulouse à Limoges, de Clermont-Ferrand à Avignon, les alliances avec le mouvement de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, accusé pendant la campagne, y compris par les socialistes, d'antisémitisme et d'ambiguïté face à la violence politique, sont vaincues.
Les Ecologistes, à Bordeaux, Poitiers et Besançon, perdent ainsi des mairies remportées lors de la vague verte de 2020.
Le parti de droite Les Républicains en profite pour arracher plusieurs bastions historiques de la gauche (Besançon, Clermont-Ferrand, Limoges...). Même Tulle, ville de François Hollande où ce type d'alliance a été conclu, bascule à droite.
"Une réalité s'impose: nous sommes toujours et plus que jamais la première force politique locale", s'est réjoui le patron de LR Bruno Retailleau.
Egalement alliée à LFI, l'écologiste Jeanne Barseghian perd Strasbourg, reconquise par l'ex-maire socialiste Catherine Trautmann.
Rares réussites des alliances avec LFI, celle du maire écologiste de Lyon Grégory Doucet élu avec une courte avance sur l'ex-patron de l'Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas qui a, dans la foulée, dénoncé "de nombreuses irrégularités" et déposé un recours. Victoire aussi pour l'édile socialiste Johanna Rolland à Nantes.
Les socialistes sauvent également les meubles en gardant Lille et Rennes et en gagnant à Saint-Etienne mais aussi Pau, où l'ex-Premier ministre centriste François Bayrou essuie un échec personnel majeur après avoir déjà raté son passage à Matignon. Autant de villes où ils n'étaient pas alliés à LFI.
L'ex-président socialiste François Hollande a dénoncé "l'impasse" de la ligne de son parti, celle de "l'union pour l'union".
"La France Insoumise fait perdre", a reconnu le secrétaire général du PS Pierre Jouvet. Le patron du parti à la rose Olivier Faure a néanmoins appelé la gauche à "se rassembler sur des principes clairs", comme l'Écologiste Marine Tondelier, qui a déploré la victoire dimanche des "partisans des gauches irréconciliables".
Appels à l'union
La campagne avait aussi été marquée par une tentative de l'extrême droite de faire front commun avec la droite, restée globalement vaine.
Ce qui n'a pas empêché le RN de continuer de s'implanter dans le territoire, malgré le pari perdu de ses candidats vedettes Franck Allisio à Marseille, Laure Lavalette à Toulon ou Julien Sanchez à Nîmes.
Marine Le Pen a salué la victoire dans des "dizaines" de communes, dont Carcassonne (Aude), Saint-Avold (Moselle), La Flèche (Sarthe) ou Menton (Alpes-Maritimes).
En parallèle, le député lepéniste Jean-Philippe Tanguy a regretté que "le refus des fusions" de la part de LR ait "permis aux communistes de gagner un certain nombre de villes".
Pour l'instant grand favori du premier tour de la présidentielle dans les sondages, le parti d'extrême droite "va être la force politique qui va sortir avec des nouvelles villes" de ce scrutin, a constaté pour l'AFP François Kraus de l'Ifop.
Les appels à l'union du centre et de la droite en vue de 2027 face à la montée du RN se sont multipliés dimanche soir.
"Si on est divisés, il n'y aura pas de candidat de droite au second tour", a prévenu le chef des députés LR Laurent Wauquiez. Le ministre macroniste Gérald Darmanin a insisté pour qu'il n'y ait qu'"un seul candidat de la droite et du centre", voire de la gauche républicaine.
Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, dont le parti ne remporte que peu de nouvelles villes, dont Bordeaux et Annecy, a d'ailleurs tendu la main aux électeurs de la gauche républicaine "écœurés" par les "accords" PS-LFI.
Après Saint-Denis, deuxième ville d'Ile-de-France gagnée dès le premier tour, LFI a remporté une autre grande ville, Roubaix (Nord) avec son député David Guiraud.
La "percée" du premier tour se "renforce", a affirmé le coordinateur national de LFI Manuel Bompard, fort d'une implantation du mouvement mélenchoniste dans la périphérie des grandes villes, avec des victoires à La Courneuve, en région parisienne, ou Vénissieux et Vaulx-en-Velin, en banlieue de Lyon.
Comme au premier tour, la participation a été historiquement basse, si l'on fait exception de celle encore plus faible de 2020, en plein Covid-19. Elle s'élève à 57% selon les institutions de sondage.
Environ 17,1 millions d'électeurs étaient appelés à voter dans 1.580 communes et secteurs, sur quelque 35.000, après l'élection de nombreux conseils municipaux dès le premier tour.