Un ronronnement continu et puissant laisse penser que la bête est en sommeil. Les imposants cylindres tournent savamment au cœur de ce monstre d’acier et de tech de 200 mètres de long dans une chaleur moite et intense.
Depuis quelques mois, la ligne de production PM1 (c’est son nom) s’est muée en productrice de papier pour ondulé à partir de cartons recyclés après avoir été dévolue au seul papier journal pendant plus de trois décennies.
«Sa capacité de production affichera à terme 550 000 tonnes par an», assure Martine Bortolotti, responsable RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et projets stratégiques de l’usine golbéenne du papetier norvégien Norske Skog.
Cette montée en puissance progressive symbolise la vaste transformation industrielle opérée par la dernière usine française de fabrication de papier journal, leader européen avec ses quelque 300 000 tonnes annuelles.
La ligne de production PM2 continue, elle, à produire ce papier journal 100% recyclé. Une diversification vitale pour la pérennité du site à l’heure de la digitalisation des usages et du déclin des journaux imprimés. Pour rappel : les ventes de quotidiens papier ont chuté de près de 70% en cinquante ans (source : ministère de la Culture).
Engagée depuis cinq ans, cette mue massive se traduit sous le générique de «projet Box» et a nécessité l’investissement conséquent de 330 millions d’euros. Cette transition a été accompagnée par Equans France (groupe Bouygues) qui a réalisé, par le biais de son agence mosellane Ineo de Terville, l’ensemble des installations électriques du site (soit près de 900 km de câbles électriques : NDLR).
Logique d’éco-construction
«Cette transformation industrielle a été menée avec un engagement environnemental continu dont l’objectif est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. La décarbonation et l’économie circulaire s’inscrivent au cœur du projet. Tout s’est opéré dans une logique d’éco-construction», continue la responsable RSE.
Deux unités de méthanisation sont présentes pour produire du biogaz et une turbine à vapeur couplée à la chaudière de Green Valley Energie (la plus grande chaudière biomasse de l’Hexagone produisant environ 200 000 MWh d’électricité, issue de l’alliance entre Norske Skog, Veolia et Pearl Infrastructure) permettent de réduire de 50% le recours au gaz d’origine fossile.
Eras, entité d’Equans France, a assisté Norske Skog dans les études et la maîtrise d’œuvre liées à la conversion de la chaudière.
«C’est un ensemble général et vertueux que nous avons construit depuis une décennie, entraînant d’autres industriels locaux dans cette mouvance».
À l’image de l’Écoparc de la communauté d’agglomération d’Épinal où les synergies s’opèrent entre les différents acteurs économiques présents. Même ADN affiché pour la gestion des déchets issus de la production.
«Leur valorisation était une contrainte ; nous en avons fait un atout et nous sommes toujours à l’affût de nouvelles filières».
Les papiers sont conçus en utilisant exclusivement des fibres recyclées. L’optimisation de la consommation d’eau entre également dans la boucle. Dix millions d’euros ont été injectés dans le renforcement de la capacité de filtration des matières en suspension dans la station d’épuration installée sur site pour recycler les eaux utilisées (4 500 à 11 200 m³ par jour).
«Même avec l’augmentation des tonnages produits, nous maintenons constamment le volume d’eau prélevé. Nous produisons plus mais nous consommons moins !»
Sur site, les adaptations et améliorations sont constantes pour permettre de concilier performance industrielle, innovation technique et engagement environnemental. Du côté de Golbey chez Norske Skog, l’industrie bas carbone et circulaire de demain apparaît déjà.
L’après Yves Bailly...
Après vingt ans passés à la tête de Norske Skog Golbey, Yves Bailly a quitté ses fonctions en juillet dernier, retraite oblige. Sous sa direction, le site a pris le virage de la transition énergétique et industrielle. Avant l’arrivée d’un nouveau directeur (ou directrice), l’intérim est assuré par Geir Drangsland, PDG et principal actionnaire du groupe norvégien, épaulé d’un directeur adjoint, Christoffer Bull, vice-président principal au développement des affaires.