Troisième employeur du Beauvaisis (1 500 collaborateurs, dont 350 employés par Bellova), 9e aéroport français, reconnu comme le troisième aéroport parisien... Paris-Beauvais, connu aussi sous le nom de Beauvais-Tillé, a grandi au fil des années pour représenter un poids économique majeur aujourd’hui sur le territoire, mais aussi un centre névralgique du tourisme, devenant le réflexe des destinations internationales. Malgré un contexte économique perturbé et évolutif ainsi que des envies de voyager autrement reposant sur une conscience écologique, l’aéroport connaît une croissance significative (à deux chiffres) depuis quelques années, enregistrant une croissance de 2% par rapport à 2024... jusqu’à atteindre le record du nombre passagers en 2025, s’élevant à 6,7 millions.
Avec 84 destinations dans plus de 30 pays, deux terminaux, 12 parkings avion et 2,4 km de pistes, Paris-Beauvais répond à une demande de voyages. «Paris-Beauvais est aujourd’hui reconnu et il est victime de son succès, constate Anthony Martin, PDG de Bellova et directeur de l’aéroport Paris-Beauvais. Il est arrivé à son point de développement et arrive à saturation». À tel point que le trafic de l’aéroport est 70% au dessus du trafic de 2019, l’année Anthony Martin, directeur de l’aéroport Paris-Beauvais. avant la période covid. Son développement impacte par conséquent positivement le territoire : l’aéroport regroupe 35 entreprises, représentant un total de 1 200 emplois directs. Au total, l’activité de l’aéroport génère près de 4 800 emplois directs et indirects.
Base Ryanair
Une belle épopée pour ce petit aéroport sorti de terre en 1936, avec sa première piste en herbe, construit par les Allemands, qui servait d’activité militaire puis qui enregistrait un trafic d’affaire modeste jusqu’en 1997, date de l’arrivée de Ryanair, la compagnie irlandaise en pleine croissance à cette époque. Avec un chiffre d’affaires en 1998 de 231 millions d’euros, la compagnie aérienne a enregistré un chiffre d’affaires de 13,44 milliards d’euros en 2024... embarquant dans sa croissance vertigineuse, celle de l’aéroport Paris-Beauvais, dont Ryanair représente 80% du trafic, suivie par Wizz Air, à 15% et sept autres petites compagnies. Et depuis 2020, la compagnie aérienne a installé une base à Beauvais avec quatre à cinq avions postés, après avoir ouvert sa première base sur le continent européen à l’aéroport de Charleroi Bruxelles-Sud, en 2001. Une reconnaissance pour l’aéroport qui concentre désormais un tiers du trafic français Ryanair.
Pour soutenir ce développement, l’aéroport a mis en place des transferts en bus, via son réseau d’Aérobus, reliant l’aéroport à la gare Porte Maillot à Paris et récemment à La Villette, à raison de 100 rotations par jour, et ce grâce à une flotte de 53 bus roulant à 100% au biocarburant. Rencontrant un vif succès, Bellova réfléchit à ouvrir d’autres liaisons routières vers les parcs d’attractions ou encore vers d’autres grandes agglomérations voisines. Si Paris-Beauvais propose des destinations européennes attractives, Bellova entend se diversifier et structurer une nouvelle offre, notamment des lignes domestiques. Le retour de la compagnie Volotea qui a mis en service, depuis le mois de juillet 2025, des vols vers Bastia, en Corse, en est un exemple.
Grandir malgré les tempêtes
Cette croissance porte le développement de l’aéroport, désormais assuré, depuis 2024, par la société Bellova, une société gérée par plusieurs actionnaires : Egis en est l’actionnaire principale avec 65%, Serena Industrial Partners, un fonds d’investissement dans le domaine des infrastructures de transport, du social et de l'environnement et Bouygues Construction. Et l’enjeu est de taille : le nombre de vols est passé de 4 366 en 2001, à 39 640 en 2025 et le nombre de passagers par avion est passé de 97 en 2001 à 168 en 2025. «L’aéroport, devenu important au niveau national est c’est un fait, explique Anthony Martin. Nous allons investir pour mettre à niveau les infrastructures. Il y a une croissance raisonnée avec comme objectif d’atteindre 45 000 mouvements en 2035 contre 39 200 mouvements en 2025». Et ce seuil permettra d’accueillir huit millions de passagers.
Cette dynamique n’en connaît pas moins des aléas économiques. Freiné par le covid, l’aéroport subit également la baisse de la capacité en France de 15% annoncée par Ryanair, suite à l’annonce du gouvernement de l’augmentation de la Taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), intervenue en mars 2025. L’augmentation de cette taxe, dont l’objectif annoncé est de participer à la décarbonation de l’aviation, demeure problématique. «Cette taxe a triplé sur les vols Schengen, ce qui est répercuté sur les prix des billets et si ça ne l’est pas, cela réduit la marge des compagnies, explique Anthony Martin. Nous avons souffert de cette décision». De fait, durant la dernière saison hiver, Paris-Beauvais a connu une baisse de 15% de ces trafics par rapport aux années précédentes et une baisse de 5% sur la saison été. Et les conséquences sont plus larges : «Les aéroports français subissent cette politique, exprime-t-il. Le trafic en France décroche par rapport aux aéroports européens, dont la plupart ont retrouvé leur trafic avant le covid, ce qui n’est pas le cas en France». Pour Anthony Martin, cette taxe démontre «une absence de vision politique sur les aéroports et le transport aérien», rappelant que «le tourisme est un grand marché». Finalement, «cette politique va au détriment de l’activité touristique en France», estime Anthony Martin, qui n’en reste pas moins déterminé.
Un plan d'investissement
Ce contexte n’empêche pas Bellova de continuer son projet de développement, estimé à 200 millions d’euros. Un projet reposant sur le développement du trafic et de celui de Ryanair qui ouvre de nouvelles destinations à chaque saison. Au total, 30 000 m² de surface de bâtiment supplémentaires seront construits. Ainsi, les deux terminaux de 14 000 m² passeront à 43 000 m², avec un début des travaux prévu en 2027 pour une fin estimée en 2030. Cet agrandissement permettra de fluidifier les mouvements au sein de l’aéroport mais aussi de proposer une véritable expérience aux voyageurs. «Il y aura 1 000 m² de surface commerciale en plus, avec notamment un grand magasin Duty free traversant, explique Anthony Martin. Les passagers arriveront plus rapidement dans la zone réservée, pourront se détendre avant de prendre leur vol, visiter les commerces et se restaurer. Nous voulons ainsi centraliser le process opérationnel de toutes les étapes du parcours passagers : centralisation de l’enregistrement des passagers, des bagages et du passage sûreté».
Et pour répondre à l’objectif de la neutralité carbone de l’aéroport d’ici 2050, ce nouveau bâtiment - construit par Bouygues Construction avec 15 entreprises locales – se veut durable. Il utilisera de nouveaux matériaux, sera moins énergivore en termes de consommation d’énergie et sera certifié BREEAM, aujourd’hui l’un des référentiels environnementaux les plus reconnus pour évaluer la performance durable d’un bâtiment, développé par le Building Research Establishment, un organisme privé britannique de recherche en bâtiment. «Ce chantier concentrera au total, sur trois ans, une centaine d’emplois et possède également des clauses d’insertion, à hauteur de 6% des heures travaillées», précise Anthony Martin. Ce programme d’investissement large et engagé participe au décollage de Paris-Beauvais depuis des années, s’inscrivant indéniablement dans le réseau des aéroports nationaux.
En chiffres
6,7 millions de passagers en 2025
100 millions de CA
200 000 millions d'euros d'investissements d'ici 2030
Une politique neutralité carbone
Paris-Beauvais vise la neutralité carbone d’ici à 2050 en suivant une trajectoire reposant sur la mise en place de multiples actions concrètes. L’aéroport est par ailleurs certifié ISO 14001 (système de management environnemental) et prépare pour 2027 la certification ISO 50001 (système de management de l’énergie). Il fait aussi partie du programme Airport Carbon Accreditation niveau 4.