En bref

Procès libyen: Sarkozy contredit Guéant, tout en le ménageant

Nicolas Sarkozy a contredit mercredi Claude Guéant mais s'est gardé de réitérer la mise en cause de la probité de son ancien bras droit, qui avait déclenché leur rupture au procès en appel sur les accusations...
L'ex-président français Nicolas Sarkozy, le 7 avril 2026 au palais de justice de Paris © Kenzo TRIBOUILLARD

L'ex-président français Nicolas Sarkozy, le 7 avril 2026 au palais de justice de Paris © Kenzo TRIBOUILLARD

Nicolas Sarkozy a contredit mercredi Claude Guéant mais s'est gardé de réitérer la mise en cause de la probité de son ancien bras droit, qui avait déclenché leur rupture au procès en appel sur les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.

Pour ouvrir son cinquième jour à la barre, Nicolas Sarkozy écoute le président Olivier Géron lire les deux dépositions écrites de son ancien secrétaire général à l'Elysée, empêché par sa santé d'assister aux débats. Sans porter d'accusations incriminantes, ces courriers datés des 11 et 26 avril, affaiblissent la défense de l'ancien chef de l'Etat.

Dans ce procès dont le résultat est attendu en novembre, Nicolas Sarkozy, 71 ans, joue sa place dans l'Histoire, son honneur d'ancien président et sa liberté de citoyen, lui qui a déjà passé 20 jours derrière les barreaux.

Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, il avait été reconnu coupable d'avoir sciemment laissé Claude Guéant et son ami Brice Hortefeux discuter d'un financement de sa campagne par la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi, en échange de contreparties. Les trois hommes nient ce "pacte de corruption" qui aurait été noué en 2005. 

Parmi ces contreparties, Kadhafi aurait demandé la levée du mandat d'arrêt international visant son beau-frère Abdallah Senoussi, N.2 du régime, après sa condamnation à la perpétuité pour l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).

Certes, dans ses écrits, Claude Guéant, 81 ans, réfute toujours qu'une action ait été entreprise pour régler la situation judiciaire de Senoussi.

Mais il livre le récit d'un dîner, le 25 juillet 2007 à Tripoli, où s'était rendu Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président, au lendemain de la libération des infirmières bulgares.

Nicolas Sarkozy l'aurait mandé pour que Kadhafi lui répète "la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi". "Claude, voyez cela", aurait alors intimé Nicolas Sarkozy. Suite à cette demande, Claude Guéant explique s'être de nouveau renseigné, tout en affirmant avoir été conscient de l'impossibilité de donner satisfaction aux Libyens.

Même si elle avait existé, une telle scène n'aurait finalement que peu d'importance, relativise Nicolas Sarkozy. Mais surtout, dit-il, elle n'a jamais eu lieu: "la seule fois où M. Kadhafi m'a parlé" de Senoussi, "c'est en 2005", lors d'une visite en tant que ministre de l'Intérieur. Il a déjà dit avoir opposé une fin de non-recevoir à cette requête.

Un démenti à Claude Guéant donc mais de la retenue aussi vis-à-vis de celui qui fut un rouage essentiel de son pouvoir: "je ne dis pas que M. Guéant ment", "sa mémoire a évolué".

Cela peut d'ailleurs arriver à tout le monde puisque lui-même concède "une erreur": il se trompait quand il affirmait n'avoir pas été informé de quatre déplacements en Libye de Claude Guéant entre 2008 et 2010.

Cauchemar judiciaire

"Ces voyages ont existé", la presse en a fait état, dit-il désormais. Mais leur importance était relative à un moment où la Libye était retombée "en bas de la pile des relations internationales françaises". Ils lui étaient donc sortis de l'esprit.

Le président l'interroge aussi sur ce coffre de Claude Guéant dans une banque proche de l'Opéra. Etait-ce pour y stocker du liquide provenant des fonds du ministère de l'Intérieur? "Je n'y crois pas, je ne peux pas l'imaginer et je ne le pense pas", répond Nicolas Sarkozy. "Claude Guéant a le droit à la présomption d'innocence."

Surtout, poursuit-il, au-delà des fissures dans leur front de défense, les deux hommes restent alignés sur l'essentiel: il n'y a pas eu d'argent libyen dans la campagne et "jamais, ni lui, ni moi, nous n'avons voulu faire quelque chose pour Senoussi" ou laissé croire aux Libyens que c'était envisageable.

Claude Guéant, qui avait expliqué avoir maintenu les Libyens dans le doute jusqu'en 2009 pour ne pas fragiliser des relations renaissantes, a-t-il rendu compte de ses démarches, même s'il les savait vouées à l'échec? Mais "rendre de compte de quoi?", s'agace Nicolas Sarkozy. "Rien n'a été fait, c'est à se taper la tête contre les murs!"

Très incisif le 14 avril, l'avocat de Claude Guéant, Me Philippe Bouchez El Ghozi, se montre cette fois plus accommodant dans ses questions. Avant l'audience, il a expliqué sur France Inter à quel point les mises en cause de Nicolas Sarkozy avaient été "plus qu'un coup au moral", affectant plus encore sa santé chancelante.

"Cela me touche de savoir que Claude Guéant ne peut pas être là", dit Nicolas Sarkozy, "ça me touche de savoir qu'il souffre d'une situation où son honneur est mis en cause" dans ce qui est "un cauchemar judiciaire".

Les débats doivent se terminer la semaine prochaine avant que ne débutent les plaidoiries des parties civiles.