En bref

Procès Paty: Nunez va être réentendu après son témoignage controversé

Laurent Nuñez va être réentendu au procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty, après son témoignage estimant qu'une campagne de haine comme celle visant le professeur ne l'exposait...
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, le 13 février 2026 à Marseille © Thibaud MORITZ

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, le 13 février 2026 à Marseille © Thibaud MORITZ

Laurent Nuñez va être réentendu au procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty, après son témoignage estimant qu'une campagne de haine comme celle visant le professeur ne l'exposait "pas nécessairement" au risque d'être assassiné.

L'actuel ministre de l'Intérieur a écrit dimanche à la présidente de la cour d'assises spéciales de Paris. Dans un arrêt lundi, la présidente a indiqué que le ministre de l'Intérieur, dont le témoignage lu vendredi avait été salué par la défense du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, lui avait écrit depuis son adresse personnelle, dimanche soir à 22H57.

Comme ce mail a été envoyé "sans respect des formalités" du code de procédure pénale, il devra être réentendu: les mêmes questions lui seront posées par un haut magistrat pour être lues à la cour, avant mercredi 10H30, selon l'arrêt. 

Me Vincent Brengarth, un des avocats d'Abdelhakim Sefrioui, s'est dit "abasourdi" par cette démarche entreprise par un membre du gouvernement à destination d'une magistrate, tandis que la défense unanime a dénoncé une "atteinte à la séparation des pouvoirs".

Livré en tant qu'ancien coordinateur antiterroriste à l'Elysée, le premier témoignage écrit du ministre faisait suite à des questions de la défense d'Abdelhakim Sefrioui et d'une partie civile. 

A celle-ci qui lui demande si "désigner publiquement et nominativement une personne comme ayant porté atteinte au prophète ou à l'islam", pouvait "objectivement l'exposer à un danger grave pour sa sécurité", l'actuel ministre de l'Intérieur répond par la négative.

La défense d'Abdelhakim Sefrioui, rejugé pour avoir été, avec un père d'élève, Brahim Chnina, l'artisan de la campagne de haine qui avait précédé l'assassinat du professeur le 16 octobre 2020, avait aussitôt salué un "fait majeur".  

Réponse d'un politique

 

En première instance, Abdelhakim Sefrioui avait été condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, la peine maximale: quand bien même ils ne connaissaient pas l'assassin, un jihadiste tchétchène, le militant islamiste et Brahim Chnina avaient délivré une "véritable fatwa numérique" et "préparé les conditions" du crime "en livrant l'identité" de l'enseignant sur les réseaux sociaux. 

La première cour d'assises avait établi un lien "causal" entre la cabale en ligne et l'assassinat commis par Abdoullakh Anzorov. 

Ce lien est au "coeur de ce qui fait l'élément intentionnel" permettant de condamner les deux hommes, explique une des parties civiles, dont plusieurs avaient exprimé auprès de l'AFP leur consternation après le témoignage.

Dans une réaction communiquée vendredi soir à l'AFP après la lecture de son témoignage, l'entourage de Laurent Nuñez avait assuré qu'il n'avait absolument pas voulu remettre en cause cette causalité et ne se démarquait "en aucune façon de l'accusation": il n'y a "aucun doute dans son esprit", "la désignation" de Samuel Paty a conduit de manière irréfutable le terroriste à choisir sa cible, ce qui atteste de manière certaine du lien de causalité". 

"La réponse de M. Nunez est la réponse d'un politique", "nous sommes ici pour faire du droit, peu importe ce que peut dire un ministre, ancien coordinateur du renseignement", a de son côté déclaré lundi l'avocate générale. Selon elle, Laurent Nuñez veut faire "un correctif" de l'interprétation de ses propos. "Est-ce qu'il fallait le faire sous cette forme? Je ne sais pas", a-t-elle ajouté.

Cet épisode traduit, de l'avis de Me Brengarth, "un embarras" du parquet général comme "de M. Nuñez". "Heureusement, la présidente est parfaitement transparente" en informant les parties de ce mail ministériel, a salué un autre avocat d'Abdelhakim Sefrioui, Me Francis Vuillemin. 

Dans une ambiance tendue, émaillée d'incidents, la présidente de la cour maintient sur les rails ce procès en appel. D'abord en se faisant la gardienne de la sérénité et de la dignité des débats réclamées par la famille de Samuel Paty; ensuite en se gardant des écueils assez exceptionnels placés sur sa route. 

Avant l'épisode Nuñez, deux magistrates de cette cour spécialement composée de sept juges professionnels, avaient été écartées après des doutes sur leur impartialité émis par la défense. 

Le verdict doit être rendu samedi. Outre Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, deux proches de l'assassin sont rejugés pour complicité d'assassinat.