Le troisième procès du Chilien Nicolas Zepeda pour l'assassinat de son ex-petite amie japonaise en 2016 a écarté une nouvelle demande d'expertise de deux ADN et laissé entrevoir vendredi le profil "glaçant" d'un accusé "très possessif".
Confrontés à un faisceau de nombreux indices et charges ayant déjà conduit à sa condamnation à 28 ans de prison, en 2022 et en appel en 2023, les avocats de l'accusé avaient réclamé des analyses complémentaires d'ADN dès l'ouverture de ce nouveau procès mardi à Lyon.
La cour de Cassation avait annulé le verdict de 2023 pour un vice de forme et Zepeda, 35 ans, est rejugé en appel près de 10 ans après la disparition à Besançon de son ex-petite amie étudiante de 21 ans, Narumi Kurosaki.
Son corps n'a jamais été retrouvé et l'accusé continue de nier farouchement malgré ses nombreux mensonges et contradictions qu'il a reconnus à la barre jeudi.
Cinq traces d'ADN avaient été prélevées dans la chambre de la résidence universitaire de Narumi où des étudiants avaient entendu "des hurlements de terreur" conclus par un "long râle" dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016. Zepeda a assuré y avoir eu des relations sexuelles à l'invitation de la Japonaise avant de quitter sa chambre 30 heures plus tard.
Outre l'ADN de Narumi (X1), de son nouveau petit ami français (X2) et de Zepeda (X4), deux autres "très faibles", d'hommes, avaient été prélevés: sur la face interne du polochon (X3) et sur le sol (X5).
Manoeuvre dilatoire
Les avocats de Zepeda reprochaient aux enquêteurs de n'avoir jamais comparé les deux derniers au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) de la police. Ce qui a été fait mercredi et le président de la cour, Eric Chalbos, a annoncé vendredi que cela n'avait pas permis d'identification.
Mais les avocats de Zepeda ont aussitôt demandé un nouveau supplément d'enquête pour que soient prélevés les ADN d'au moins 63 hommes locataires en 2016 de cette résidence, pour les comparer.
Dans un procès sans cadavre, preuve matérielle ni aveu, la défense s'acharne à instiller le moindre doute dans une longue enquête qui a rassemblé un nombre considérable d'indices accablant l'accusé.
"Il est fondamental de savoir qui sont X3 et X5 sans quoi il restera une zone d'ombre" et donc "le risque d'une erreur judiciaire", a plaidé Me Robin Binsard.
L'avocat général Vincent Auger a dénoncé une "manoeuvre dilatoire" qui ne pourra de toute façon pas aboutir, 10 ans plus tard, puisque les 63 anciens résidents provenaient de 25 pays dans lesquels ils étaient sans doute retournés.
Le président Chalbos a rejeté aussi leur demande, également au motif qu'il ne voyait pas d'éléments pouvant indiquer que X3 et X5 pourraient avoir un lien avec la disparition de Narumi "dans les créneaux" de temps concernés.
Pour l'accusation, Nicolas Zepeda a commis un "féminicide" prémédité faute d'avoir pu reconquérir le coeur de Narumi qui avait un nouveau petit ami français.
Ultimatum "glaçant
Une psychologue qui a analysé l'accusé en 2020 a décrit un homme "très narcissique", habité par une "très haute opinion de lui-même" et animé par la "recherche du contrôle total de l'autre", de Narumi en particulier. En perdant ce contrôle, il a pu ressentir "de la jalousie et de la colère de se sentir diminué". "Mis au placard", dit Zepeda à la barre.
L'experte a cité notamment une vidéo et des emails menaçants qu'il a envoyés en octobre 2016 à Narumi, qui "aura un petit coût à payer" pour les "mauvaises choses" qu'elle a faites. Il lui fixe un ultimatum de deux semaines pour se conformer à des "conditions": "devenir une meilleure fille", ne jamais "causer de problèmes", ne plus jamais "négocier quoi que ce soit".
Une "possessivité" et une "violence psychologique qui consiste à vouloir annihiler la personnalité de l'autre", a conclu l'experte. Un "ultimatum glaçant", a renchéri Sylvie Galley, l'avocate de la famille de Narumi.
Le procès est prévu jusqu'à la fin de la semaine prochaine.
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