Le cabinet d’avocats d’affaires Racine et l’Institut Opinion Way ont récemment dévoilé les résultats de la 2e édition du baromètre « Les entreprises et la Justice ». L’étude a été menée au dernier trimestre 2025, auprès de 625 dirigeants d’entreprises (directeurs généraux, directeurs administratifs et financiers, juridiques, directeurs des ressources humaines...) représentatives du tissu économique français.
Sur cet échantillon, 18% des dirigeants interrogés avaient fait face au cours des cinq dernières années à des problèmes juridiques susceptibles de déboucher sur un procès, pour lesquels 78% d’entre eux ont eu recours à un avocat. Il s’agissait d’un problème RH ou social (38%), administratif (37%), d’impayés (22%), commercial ou relatif à un contrat (21%), fiscal (10%), pénal (9%).
Seuls 54 % des dirigeants jugent que la justice fonctionne globalement bien
Il en ressort que seuls 61% des responsables interrogés ont confiance dans les institutions judiciaires françaises et qu’à peine 54 % d’entre eux jugent que la justice fonctionne globalement bien en France, toutes juridictions confondues. Les résultats sont assez variables selon les juridictions. Le pourcentage de répondants estimant que la justice fonctionne bien s’établit à 67% en matière commerciale, 66% en matière prud’homale, 61% en matière administrative, 60% en matière fiscale et à 49% en matière pénale.
En termes de fonctionnement, la lenteur et la complexité des procédures sont les principaux reproches que les dirigeants font à la justice : 82% estiment que les délais des procédures sont trop longs et 62% qu’elles sont trop complexes. Ils sont également 42% à juger les coûts trop importants. Ils ne sont en revanche que 21% à déclarer que les magistrats ne sont pas suffisamment formés aux sujets économiques et à estimer les jugements rendus trop complexes.
Les dirigeants qui manquent de confiance envers la justice pointent eux plus particulièrement un manque d’impartialité, trop de laxisme ou des décisions injustes (29%), la lenteur des délais (22%), le manque d’efficacité ou l’incompétence des magistrats (17%), les démarches et procédures trop complexes ou obscures et une justice et des institutions trop politisées (15%). En revanche, seulement 2% citent le coût des procédures ou 1% les erreurs judiciaires.
Le recours aux modes alternatifs de règlement des litiges progresse
« Dans ce contexte, les dirigeants d’entreprise se montrent très favorables au développement des modes alternatifs de règlement des différends », souligne Opinion Way dans son analyse de l’étude. « Ceux ayant déjà eu recours à des solutions non judiciaires de résolution des litiges se révèlent d’ailleurs pleinement satisfaits de l’expérience. » 53% des interrogés ont en effet indiqué privilégier le dialogue et la résolution amiable pour améliorer la gestion des contentieux, et 37% ont d’ailleurs eu recours à une médiation ou un arbitrage pour résoudre un conflit. Parmi ces derniers, 80% se sont déclarés satisfaits du déroulement de la procédure non judiciaire et 75% du résultat.
Une perception assez positive du rôle des avocats
De manière générale, 88 % des dirigeants sondés indiquent avoir une bonne opinion des cabinets d’avocats. Ceux qui les ont effectivement sollicités attribuent une note moyenne de satisfaction de 6,9 sur 10 à leur expérience. La question des honoraires est le principal reproche exprimé : 96% des dirigeants jugent que le recours à un cabinet d’avocats coûte cher. Mais, dans le détail, 89% avancent que c’est un gage de sécurité, 77% que cela permet de gagner du temps, 54% que ce n’est utile que pour les problèmes juridiques complexes, et 35% que cela complique la résolution des problèmes.
Interrogés aussi sur l’usage de l’intelligence artificielle pour évaluer de manière fiable leurs chances de succès dans un litige avant un procès, les répondants se sont montrés très sceptiques : 82 % ont déclaré ne pas faire confiance aux outils d’IA générative classiques pour anticiper la résolution d’un contentieux.
La contribution économique à la justice ne fait pas recette
L’expérimentation des tribunaux des activités économiques (TAE), actuellement en cours dans 12 tribunaux de commerce, s’accompagne d’une autre expérimentation : une contribution pour la justice économique, exigée lors de l’introduction de certaines procédures (lorsque la valeur totale des prétentions dépasse 50 000 euros) par certaines entreprises (celles comptant plus de 250 salariés). À la question « dans le cadre d'une procédure de justice initiée par votre entreprise, seriez-vous favorable au principe de payer une contribution financière pour participer à l’amélioration des moyens dont dispose la justice ? », les dirigeants se sont opposés à cette idée à 84%.