Avant un procès pour vol à main armée, pourquoi pas un autre braquage? Aïssa Bendjaber, connu dans le milieu comme "l'homme au borsalino", avait choisi un béret pour dévaliser une joaillerie parisienne en 2023, ce qui ne lui a pas porté chance et l'envoie encore aux assises.
Un pistolet lâché par maladresse, le scooter pour fuir qui ne démarre pas, un complice nerveux sous cocaïne, le receleur en vacances... Les bugs jalonnent ce qui devait être une formalité pour celui qui se présente comme le cerveau de ce casse, multirécidiviste, 68 ans aujourd'hui, 65 ans à l'époque, le 1er août 2023.
Selon une source proche du dossier, Aïssa Bendjaber, sorti de prison en octobre 2021, a dit devant les enquêteurs vouloir un dernier coup avant un procès qui l'attendait en septembre 2023 pour un énième vol à main armée d'une bijouterie, en 2016...
Sept ans plus tard, il ne faut que six minutes à l'heure du déjeuner pour s'emparer de près de 2,3 millions d'euros - montres, bagues, colliers, etc - dans une joaillerie Piaget au centre de Paris.
Le plan est simple: Aïssa Bendjaber, coiffé d'un béret et non du borsalino qui nourrit sa légende, se présente au bras de Madalina T., qu'il veut apprêtée comme une "touriste friquée" pour endormir la vigilance, selon des éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance. Une fois à l'intérieur, le gangster sort une arme à silencieux pour tenir en respect les cinq employés.
Avant de rapidement quitter les lieux, Madalina T., 38 ans aujourd'hui, fait entrer un complice, Hamed T., également armé. Les deux hommes font main basse sur les bijoux.
Tout speed
Dès l'automne, sept personnes sont interpellées: Aïssa Bendjaber et ses comparses entrés dans la bijouterie, ainsi que quatre complices, accusés d'aider avant ou après. Tous sont renvoyés prochainement aux assises, a appris l'AFP de source proche du dossier.
Casier judiciaire fourni, connaissance d'Aïssa Bendjaber depuis une nuit en discothèque à la fin des années 1980, Hamed T., 56 ans aujourd'hui, a acheté un téléphone clandestin sous le pseudo de Dean Silly, "silly" signifiant "idiot" en anglais... Il est sous cocaïne pendant le casse, nerveux, prend des montres alors que les bijoux sont prioritaires, renverse un présentoir...
Aïssa Bendjaber le décrit aux enquêteurs comme "tout speed", contrairement au scooter prévu à l'extérieur qui ne démarre pas. Soit un problème de batterie ou alors "l'incompétence" de son comparse. Tout deux s'éloigneront à pied, puis à bors d'en taxi ou véhiculé par une connaissance.
Aïssa Bendjaber est également loin de tout maîtriser: le receleur étant en vacances, le braqueur enterre les bijoux dans un parc en région parisienne. Puis ces pièces luxueuses, jamais retrouvées, auraient fini du côté d'Anvers (Belgique). Le malfrat chevronné mais maladroit a même fait tomber sur le sol de la joaillerie un second pistolet, avant de le récupérer.
Comme un fantôme
Aucun coup de feu n'est tiré. Les deux braqueurs assurent que les armes étaient factices. Les experts évoquent a minima un pistolet d'alarme. Mais pour le personnel tenu en joue, les traumatismes affluent, entre troubles du sommeil, de la mémoire, de la concentration, anxiété. Un employé se sent depuis "comme un fantôme".
"Que ses actes aient pu avoir des conséquences psychologiques chez certaines personnes, ce qu'il n'avait pas imaginé en l'absence de violence, mon client le regrette chaque jour, profondément", expose à l'AFP Me Clémentine Perros, avocate de Hamed T.
Aïssa Bendjaber - déjà plus de 20 ans passés en prison - prend tout sur lui, soutient avoir embarqué Hamed T., qui rêvait d'Espagne, et Madalina T., contre une promesse de 100.000 euros. "C'est un homme âgé, il sait que ce procès sera vraisemblablement le dernier de sa vie, une vie cabossée", éclaire pour l'AFP son avocat, Me Marc Bailly.
Aïssa Bendjaber dit avoir exploité la "gentillesse" des autres mis en cause, qui ont tous un casier judiciaire plus ou moins épais. Comme Messon P., 40 ans aujourd'hui. "Trompé en prêtant des véhicules à une ancienne connaissance, il espère que son innocence sera reconnue", souligne auprès de l'AFP son avocat Me Julien Fresnault.