Sarah Knafo, l'adroite qui s'émancipe
Sortie de l'ombre d'Eric Zemmour, l'eurodéputée Reconquête Sarah Knafo s'est décidée à se lancer dans la course à la mairie de Paris. Une nouvelle étape dans l'ascension de cette passionaria de "l'union des droites", avant...
Sortie de l'ombre d'Eric Zemmour, l'eurodéputée Reconquête Sarah Knafo s'est décidée à se lancer dans la course à la mairie de Paris. Une nouvelle étape dans l'ascension de cette passionaria de "l'union des droites", avant peut-être de jouer un rôle décisif en 2027.
Longtemps, elle aura fait mine d'hésiter. Secret de polichinelle: tout l'automne, elle a officiellement attendu que le Parlement accouche d'un budget - en vain.
Désormais le temps presse, son heure est venue. Sarah Knafo part en campagne, son nom en haut de la liste, sa tête sur les affiches. Fini les seconds rôles derrière Eric Zemmour à la présidentielle, puis Marion Maréchal aux européennes.
A 32 ans, l'étoile montante de l'extrême droite a pris goût à la lumière. Seule élue nationale de son parti, elle affiche son large sourire sur toutes les chaînes info, pour y défendre la suppression des droits de succession, la retraite par capitalisation et la privatisation de l'audiovisuel public.
Pendant que son mentor et compagnon sillonne le pays pour dédicacer son dernier livre, c'est encore elle qui multiplie les unes de Valeurs Actuelles et du JDNews, nouveau magazine de l'empire Bolloré.
Les médias du milliardaire conservateur breton, déjà fer de lance de l'aventure Zemmour en 2022, orchestrent pareillement le phénomène Knafo. Autant que possible: récemment, Pascal Praud a même dû lui demander de quitter le plateau de CNews, car elle y avait épuisé son temps de parole.
Visage avenant d'un libéralisme décomplexé, moins associée aux obsessions identitaires - et aux condamnations - de son conjoint, elle apparaît aujourd'hui mieux placée pour incarner cette "union des droites" dont rêvent aussi ses sponsors.
Pas un hasard donc si elle a clos en vedette fin novembre la grand-messe du JDD, où l'avaient précédé Philippe de Villiers et David Lisnard. Pas innocent non plus quand Laurent Wauquiez pousse l'idée d'une primaire "de Darmanin à Knafo" pour désigner un candidat commun en 2027.
Un culot d'enfer
Invitée à jouer dans la cour des grands, la nouvelle égérie des conservateurs français peut savourer sa réussite. Celle d'une petite-fille de juifs marocains, née en Seine-Saint-Denis, au parcours d'élite: Sciences Po, ENA, Cour des comptes.
Le coeur à droite, encartée à l'UMP et membre du syndicat étudiant UNI, elle laisse le souvenir d'une "bosseuse", mais aussi d'une "intrigante", selon un condisciple de l'institut d'études politiques de Paris.
"Elle est très cultivée, avec un culot d'enfer", confirme l'ancien ministre socialiste Hubert Védrine, qu'elle rencontre à l'époque via l'association souverainiste "Critique de la raison européenne".
Un temps engagée aux côtés de l'ex-député sarkozyste Henri Guaino, cette admiratrice de Marie-France Garaud - conseillère de l'ombre de Jacques Chirac - s'est elle aussi révélée dans un rôle de stratège auprès d'Eric Zemmour, ami de longue date de son père.
Les débâcles électorales à répétition n'ont pas eu raison de ses ambitions. Un obstacle de taille se dresse toutefois en travers de son chemin: l'incontournable Rassemblement national, qu'elle persiste à qualifier de "socialiste".
"Il faut peut-être arrêter de dire qu'on est un parti de gauche", s'agace son concurrent Thierry Mariani, contrarié par cette intrusion sur ses plates-bandes dans la capitale. Pour une autre cadre du mouvement, l'affaire est entendue: Sarah Knafo "n'est pas du tout dans un esprit d'union contrairement à ce qu'elle prétend".
Marine Le Pen elle-même lui conserve sa rancune: "Elle nous a toujours combattus" et a même "failli nous empêcher d'être au second tour" en 2022, rappelle la patronne du RN, qui n'a pas depuis "fondamentalement changé d'avis" sur cette jeune rivale impudente.
Reléguée à Bruxelles dans le petit groupe des sulfureux Allemands de l'AfD, marginale dans l'Hexagone quand elle revendique ses affinités trumpistes, la prétendante de Reconquête peut encore espérer se rabibocher avec Jordan Bardella.
Les deux ont quelques point communs: même banlieue d'origine, même génération, même initiation nationaliste à Saint-Germain-des-Prés, dans les très droitiers bars de la rue des Canettes. Une bonne base pour convoler, à condition d'éviter les noms d'oiseaux.
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