Arrivée troisième au premier tour des élections municipales à Strasbourg, la maire écologiste Jeanne Barseghian a annoncé lundi qu'elle s'alliait à LFI dans l'espoir de battre la socialiste Catherine Trautmann, mais au prix du départ de ses colistiers de Place publique.
Avec cet accord, la capitale alsacienne, huitième ville de France, se dirige dimanche prochain vers une triangulaire à l'issue incertaine.
"Nous faisons le choix de la gauche rassemblée", car "nous mesurons le péril que notre ville puisse basculer aux forces réactionnaires et conservatrices", a annoncé Mme Barseghian lors d'un bref point presse devant son local de campagne, au côté de la tête de liste LFI, Florian Kobryn, qui sera numéro deux de la liste fusionnée.
La maire sortante, qui a frôlé les 20% de voix au premier tour à la tête d'une liste associant notamment le PCF, le mouvement Debout! de François Ruffin, ou encore L'Après, qui regroupe des dissidents de LFI, compte sur l'apport des insoumis (12%) pour renverser une situation délicate. Elle a été nettement distancée par l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann (près de 26% des voix) et le candidat LR Jean-Philippe Vetter (24,2%).
Les cinq candidats de Place publique, parti de l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, qui figuraient sur la liste Barseghian du premier tour, se sont retirés, a précisé la maire sortante. Au total, 26 candidats issus de cette liste auront une place éligible en cas de victoire, et 16 issus de la liste Kobryn, ont indiqué les deux partenaires, qui ont fait état de "convergences nombreuses".
Cet accord vient "prolonger l'union qui était celle du Nouveau front populaire, celle de la Nupes", a souligné Florian Kobryn. La liste fusionnée, a-t-il précisé, entend représenter un "bloc populaire" face à un "bloc de droite radicalisé, avec les voix de l'extrême droite qui viendront en relais", et "un bloc macroniste qui est incarné aujourd'hui par la candidature de Madame Trautmann".
Trautmann "macroniste
La candidate PS "joue sur la confusion, ni de droite ni de gauche", a abondé Mme Barseghian. Elle pourrait "faire des alliances à droite", notamment en se rapprochant du candidat centriste Pierre Jakubowicz, qui a obtenu 5% au premier tour, a-t-elle supposé. "Ça nous rappelle effectivement un positionnement politique macroniste", selon la maire sortante.
Certaines thématiques portées par les insoumis pendant leur campagne du premier tour "se retrouvent dans cet accord" annoncé lundi, s'est félicité M. Kobryn, qui a cité la lutte contre le sans-abrisme des familles avec enfants, ou la gratuité des transports en commun pour les moins de 25 ans.
"Le second tour va être extrêmement serré. (...) C'était pour cela que nous souhaitions annoncer cette union ce soir, parce qu'il y a une dynamique à engager. Chaque voix va compter", a encore commenté le candidat LFI.
Cette alliance entre les écologistes et LFI avait été égratignée par avance, dimanche soir, par Catherine Trautmann. "Je constate que vous, à la fois les écologistes et LFI, vous partagez une méthode politique de la conflictualité. Et moi, je ne la partage pas. Je préfère l'apaisement. Je préfère le dialogue", a asséné l'ancienne ministre de la Culture âgée de 75 ans, qui tente de reconquérir le fauteuil de maire qu'elle avait déjà occupé de 1989 à 1997 puis en 2000-2001.
Autre voix critique: celle de la section alsacienne du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui s'est insurgée, avant même l'annonce de l'accord contre la "banalisation d'un mouvement politique qui a fait de l'antisémitisme une passion et de la violence verbale un moyen de communication". "A Strasbourg comme ailleurs, nous appelons à ne pas franchir cette ligne rouge et refuser toute alliance avec LFI", a insisté le CRIF Alsace.