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Un exercice de cyberguerre à Villers-lès-Nancy

L’édition 2026 du Cyber Humanum Est, le plus grand exercice de cyberguerre de l’Hexagone, a regroupé la semaine dernière plus de 250 participants. Étudiants, enseignants-chercheurs, réservistes ont mené bataille sur le campus de la faculté des Sports à Villers-lès-Nancy. Objectif : maîtriser et sensibiliser à l’importance de la cybersécurité. 

Famas en bandoulière, la sentinelle de quart scrute les allées et venues et ne laisse entrer que les personnes autorisées dans la tente kaki.

À l’intérieur, une nuée d’ordinateurs et de longs serpents de câbles connectés. Devant les écrans, des étudiants issus des différents établissements supérieurs du Grand Nancy (Mines Nancy, Telecom Nancy, Polytech Nancy, l’IUT Nancy-Brabois, la faculté des sciences et technologies, l’UFR Sciences humaines et sociales, l’UFR MIL), des militaires, des réservistes de la Base de Défense de Nancy.

La semaine dernière, ils étaient les acteurs de la 6e édition du Cyber Humanum Est, le plus grand exercice de cyberguerre en France organisé sous l’égide du Commandement de la Cyberdéfense (Comcyber) du ministère des Armées et de l’Université de Lorraine, la Base de Défense de Nancy, Lorraine INP et la Métropole du Grand Nancy.

Pendant trois jours, dont une nuit complète, ils ont bataillé à coup de codage et autres prouesses informatiques pour mener à bien leur mission.

Scénario : trois pays fictifs (Anumeric, Cryptanga et Pandalor) entendent mettre la main sur les ressources naturelles d’un archipel des Maldives voisin, le tout dans un contexte d’élection présidentielle mouvementé. Ports, lignes ferroviaires, installations industrielles, réseaux électriques, les cyberattaques s’enchaînent. Les armées d’algorithmes sont en marche, les défenses s’organisent.

«Cet exercice est illustratif de ce que l’on met en place au niveau national en matière de cybersécurité», assure le Général Emmanuel Naëgelen, commandant de la Comcyber.

Si l’aspect technique dans cette cyberguerre s’affiche comme une des priorités, l’édition 2026 du Cyber Humanum a fait entrer les aspects psychologiques et neuroscientifiques.

Certains guerriers du jour se sont vu équiper de capteurs histoire d’analyser leur gestion du stress.

«Cette année, nous avons souhaité explorer les facteurs humains qui font la différence en situation de crise», explique Rémi Badonnel, le responsable du Pôle Cybersécurité de Telecom Nancy.

25 000 postes à pourvoir à l’horizon 2030

Nouvelle approche également avec la présence d’étudiants du Diplôme universitaire (DU) de droit en sûreté intérieure, éthique dans le cadre d’une telle situation, histoire de prendre en compte les aspects réglementaires .

«Pour nous, c’est un peu comme un échauffement avant notre exercice interarmées où nous mènerons des opérations militaires sous stress cyber», assure le Général Emmanuel Naëgelen. L’exercice interarmées Orion se déroule à partir de cette semaine.

L’occasion surtout de renforcer la nécessité d’informer sur le besoin crucial en professionnels de la cybersécurité au sens large du terme. À l’horizon 2030, 25 000 postes seront à pourvoir dans l’Hexagone. Des ingénieurs naturellement mais pas que. Des juristes spécialistes du droit du numérique en passant par les professionnels de la communication doivent aujourd’hui grossir les rangs. Indispensable pour s’assurer une réelle souveraineté en la matière.