Une croissance mondiale résiliente, mais fragile
L’activité mondiale a tenu bon en 2025, malgré les tensions géopolitiques et le climat économique tendu. Néanmoins, les fragilités et signes de dégradation sont de plus en plus nombreux, en particulier au sein de L’UE.
Droits de douane exorbitants, dislocation des relations économiques multilatérales, crise industrielle, conflits commerciaux et militaires… Voilà un bref panorama des foudres qui se sont abattues sur l’économie mondiale en 2025 ! Et pourtant, malgré cela, l’activité a mieux résisté que prévu, augmentant même de 3,2 % par rapport à 2024. Dans ses Perspectives économiques de décembre dernier, l’OCDE, Organisation de coopération et de développement économiques, note que cette résilience résulte « de l’amélioration des conditions financières, de l’augmentation des flux commerciaux et des investissements liés à l’IA, et de l’orientation des politiques macroéconomiques ». Mais, elle s’empresse d’ajouter que les signes de dégradation sont nombreux pour 2026.
Accumulation de nuages noirs
Selon l’OCDE, la croissance du PIB mondial devrait ralentir à 2,9 % en 2026, après 3,2 % en 2025, avant de se redresser à 3,1 % en 2027. Enfin, pour peu que les effets des droits de douane décrétés par Donald Trump en 2025 soient vite amortis, et qu’il n’en ajoute pas de nouveaux pour marquer son insatisfaction sur les règlements européens. Toujours est-il que, selon l’OCDE, « les économies asiatiques émergentes resteront les principaux moteurs de la croissance mondiale », ce qui n’est guère rassurant pour l’industrie européenne déjà touchée par une concurrence féroce — et parfois déloyale — de la Chine. Ce d’autant plus que « des signes de dégradation apparaissent sur les marchés du travail », malgré une amélioration des conditions de financement et la baisse de l’inflation…
Constat partagé par le Fonds monétaire international (FMI) dans ses Perspectives sur l’économie mondiale d’octobre dernier : « l’économie mondiale s’adapte à un paysage reconfiguré par les nouvelles mesures. Les accords et remises à plat qui ont suivi la hausse des droits de douane ont calmé le jeu, mais le climat global reste changeant, et les facteurs temporaires qui avaient soutenu l’activité au premier semestre 2025, les mesures d’anticipation par exemple, s’amenuisent ».
Jusque-là, l’économie a donc tenu face aux chocs, mais face à tant d’incertitudes et de risques, une révision à la baisse des perspectives de croissance mondiale est plus que probable.
L’Europe encore résiliente, mais sans perspectives
L’OCDE prévoit une croissance faible au sein de la zone euro : 1,2 % en 2026, après 1,3 % en 2025, et probablement 1,4 % en 2027. L’économie européenne s’en sort mieux que prévu à la faveur d’une légère reprise de la consommation privée avec le reflux de l’inflation et, surtout, d’un soutien politique toujours très important dans de nombreux États membres (aides, baisses de cotisations sociales sur les entreprises, investissement public…).
Mais, l’horizon s’assombrit depuis maintenant plusieurs années. Le FMI et l’OCDE font ainsi le constat partagé d’une croissance amputée depuis trop longtemps au sein de l’UE par une productivité faible et une démographie défavorable. C’est aussi ce qui ressort du rapport publié en 2024 par Mario Draghi, dans lequel il montre qu’au-delà de l’important retard européen sur le plan économique et technologique, de la dépendance toujours trop forte à la Chine et aux États-Unis, l’UE ne cesse de différer les indispensables investissements dans l’industrie et la transition écologique/énergétique. À cela, il faudra ajouter le coût (économique et social) sans cesse reporté de l’assainissement des finances publiques dans certains États. Miser alors sur un surplus de croissance venant des nouvelles dépenses militaires semble hasardeux, dans la mesure où ces dernières risquent fort d’aller de pair avec une politique économique très restrictive, anémiant de facto la demande intérieure.
Pis, depuis quelque temps déjà, c’est la locomotive industrielle européenne qui déraille, l’Allemagne faisant face à un retournement de tous les facteurs qui ont fait son miracle économique il y a deux décennies. Les prévisions de croissance faites par l’OCDE s’en ressentent : environ 1 % en 2026, après 0,3 % en 2025. L’économie française, de son côté, a un peu mieux résisté (0,8 % de croissance en 2025), mais devrait plafonner à 1 % en 2026 et 2027. Pas de quoi pavoiser donc, d’autant que l’incertitude est à son comble, entre difficultés extrêmes à voter un budget pour l’État, efforts de consolidation budgétaire sans cesse reportés et perspectives économiques et politiques considérées comme très détériorées par une large part des acteurs de l’économie. Seuls quelques pays, longtemps vus comme périphériques à l’instar de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce, semblent avoir tiré pour un temps leur épingle du jeu, avec une croissance parfois largement supérieure à 2 % en 2025. Mais, dans le carcan de l’euro, il est difficile de s’affranchir des problèmes des autres…
À bien y regarder, incertitude et érosion de la confiance évoluent hélas de concert, pour le plus grand malheur de l’Europe, qui se dirige au mieux vers une stagnation économique à moyen terme…