Harcèlement scolaire, immigration, émancipation, souvenirs de famille, image de soi, traitement de l’information… Pendant plus d'une heure et demie, 17 jeunes du centre de formation Interfor ont partagé leur réflexion, le 6 mars dernier, sur la scène de la Comédie de Picardie à Amiens. «C’est la restitution d’un parcours d’éloquence débuté il y a six mois», explique Simon Bolbach, responsable du dispositif d’accompagnement au sein d’Interfor, organisateur de l'événement. Accompagnés par la boîte d’impro, la compagnie des Rogers et la compagnie des Pétards Mouillés, les étudiants ont travaillé, au total, 35 heures sur un texte évoquant un sujet de leur choix.
«C’est la troisième édition. Chaque année, l’initiative grandit. Cette fois-ci, nous avons des jeunes du CAP au BTS, issus des filières management - gestion, vente et hôtellerie-restauration. Tous se sont engagés volontairement dans cette aventure», ajoute-t-il. Pour la première année, la restitution a été faite devant 200 personnes — étudiants, parents, tuteurs, institutionnels — à la Comédie de Picardie. «L’idée est de les faire sortir des apprentissages classiques et formels pour qu'ils travaillent d’autres compétences, comme la confiance en soi ou la prise de parole en public… des soft skills de plus en plus recherchées en entreprise», souligne Simon Bolbach.
Trouver sa voix
Soutenu par la Région Hauts-de-France, le projet Éloquence s’est articulé autour d’ateliers d’écriture, de lecture et de débats, mais aussi de travaux pratiques et de mise en scène. «L’objectif n’est pas d’apprendre à parler plus fort, mais d’apprendre à parler plus juste. Ce n’est pas non plus chercher l’accord de tous, mais trouver sa voix», soulignent Yasmina Guermah et Rachel Sauval, à l’initiative de ce programme au sein d' Interfor. Pour Joséphine Barylski, 23 ans, en BTS support à l’action managériale, en alternance à la SNCF, l’expérience s’est avérée très formatrice. «Parler en public n’est vraiment pas quelque chose de facile, il faut se dépasser. C’est un très bon apprentissage pour la confiance en soi», confie-t-elle.
La jeune femme a écrit un texte sur le temps qui passe et la nostalgie de l’enfance. «C’est un thème qui me parle beaucoup, même si je suis très jeune. C’est aussi quelque chose d’universel, qui résonne en chacun de nous», ajoute-t-elle. Un avis partagé par Pauline Declemy, qui suit le même cursus et est en alternance au sein du garage Pichon à Doullens. «J’avais envie de montrer qu’on pouvait y arriver, que l’on peut tous surmonter les épreuves qui se présentent à nous», assure celle qui a écrit de multiples brouillons avant d’aboutir à sa version finale.
Un autre regard sur les alternants
Cette performance a aussi permis aux 17 participants de travailler leur expression orale, leur posture, mais aussi leur capacité à se faire comprendre. «Cela va nous aider à être plus à l’aise dans nos entreprises, lors de réunions ou dans la prise d’initiative», observe Joséphine Barylski. Cette dernière a pu compter sur la présence de sa tutrice, Ludivine Durozelle. «C’est une expérience remarquable qui va leur être très utile. C’est très important de pouvoir prendre la parole sereinement dans notre société et de maîtriser l’oral», analyse-t-elle.
Fière, elle espère que ce programme donnera encore plus confiance à son alternante. «Joséphine a beaucoup évolué depuis septembre, mais là, c’est encore autre chose. Je suis très touchée de l’avoir vue sur scène, s’exprimer comme ça, en public, sans que les émotions prennent le dessus», conclut-elle.