Interview

À Metz, Ohm Énergie veut bousculer le monopole historique de l’UEM

Arrivé à Metz à l’été 2025, le fournisseur alternatif Ohm Énergie entend ouvrir un marché longtemps dominé par l’UEM, entreprise locale de distribution (ELD). Son fondateur, François Joubert, mise sur l’innovation technologique et des tarifs compétitifs pour séduire particuliers et entreprises. Il vise les 10% de parts de marché d'ici à trois ans.

© Ohm Énergie. François Joubert, fondateur de Ohm Énergie.

© Ohm Énergie. François Joubert, fondateur de Ohm Énergie.

Ohm Énergie est un acteur récent du paysage énergétique. Quel est votre positionnement aujourd’hui ?

J’ai créé Ohm Énergie en 2018 avec l’idée d’apporter une vraie innovation dans un marché déjà très occupé. Aujourd’hui, nous sommes le premier fournisseur alternatif indépendant en France : nous gérons 325 000 compteurs résidentiels et environ 15 000 clients professionnels sur les réseaux d’Enedis et de GRDF.

Nous nous sommes développés en même temps que les compteurs communicants (Linky), ce qui nous permet de proposer des tarifs intelligents : les clients paient moins cher lorsqu’ils consomment aux heures où l’électricité est abondante, notamment en journée ou le week-end.

Nous allons aussi très loin dans la sobriété énergétique : outils de suivi détaillé des consommations, alertes en cas d’anomalies, thermostat connecté fourni et installé gratuitement… Nous aidons même nos clients à ajuster la puissance de leur compteur, souvent surdimensionnée. Tout cela permet de réduire concrètement les factures.

Vous avez décidé de vous implanter à Metz il y a quelques mois. Concrètement, avez-vous rencontré des obstacles organisationnels ou réglementaires ?

La concurrence est ouverte en théorie, donc le sujet n’est pas réglementaire. La difficulté est technique. À Metz, UEM est à la fois fournisseur historique et gestionnaire du réseau. Les systèmes informatiques sont plus complexes et peu ouverts aux nouveaux acteurs.

Nous avons dû réaliser un important travail d’interfaçage informatique pour pouvoir proposer nos services. C’est un investissement lourd, surtout sur un territoire restreint.

Il existe aussi ici une habitude culturelle : beaucoup d’habitants pensent qu’ils ne peuvent pas changer de fournisseur. Quand ils découvrent que c’est possible, ils sont très réceptifs car nous sommes environ 15% moins chers avec un service client disponible sept jours sur sept.

Quel bilan dressez-vous après plusieurs mois d’activité à Metz ?

Nous sommes présents depuis l’été 2025 et comptons déjà plusieurs milliers de clients. C’est conforme à nos prévisions, car nous avons volontairement privilégié un développement progressif pour bien adapter notre service au territoire.

Notre modèle repose d’abord sur le bouche-à-oreille plutôt que sur des campagnes publicitaires massives. La croissance est donc graduelle mais elle s’accélère.

Nous avons déverrouillé 200 000 points d’accès, tant pour la fourniture d'électricité que de gaz, ce qui correspond au nombre de foyers et d’entreprises qui peuvent désormais choisir un fournisseur alternatif. Notre objectif est d’atteindre 10% de parts de marché en trois ans, ce qui constituerait une performance solide sur un territoire historiquement fermé à la concurrence.

Quelles sont vos perspectives de développement sur les territoires desservis par des entreprises locales de distribution (ELD) ?

Nous concentrons aujourd’hui nos efforts sur trois territoires pilotes : Metz, Strasbourg et Bordeaux. Ce sont les plus importantes zones desservies par des entreprises locales de distribution où il est possible d’opérer efficacement.

D’autres villes suivront lorsque les conditions techniques seront réunies, comme Grenoble qui modernise actuellement ses systèmes informatiques. Nous étudions aussi d’autres territoires de taille suffisante.

Beaucoup d’ELD restent toutefois trop petites pour absorber les investissements nécessaires, ce qui freine l’ouverture du marché.

Face aux tensions énergétiques liées à la crise au Moyen-Orient, comment sécurisez-vous vos approvisionnements et pouvez-vous limiter l’impact sur les tarifs pour vos clients ?

Nous disposons de notre propre salle des marchés, ce qui nous permet d’acheter directement sur le marché de gros et d’anticiper les hausses. Nous avons sécurisé une partie de nos approvisionnements en amont, ce qui nous permet de rester compétitifs malgré la hausse des prix, particulièrement sur le gaz.

Nous proposons aussi des offres à prix fixe jusqu’à trois ans pour protéger les clients contre les fluctuations.

Notre compétitivité repose surtout sur notre organisation interne : nous gérons nous-mêmes nos achats d’énergie, nos systèmes informatiques et notre service client, sans sous-traitance massive. Cette intégration nous permet de réduire nos coûts structurels et de proposer durablement des prix inférieurs au marché.